L’automobile faisait ses débuts en France et les constructeurs ne savaient pas encore quel carburant convenait exactement aux véhicules motorisés. Aussi, dès 1903, une course fut-elle organisée sous le nom de « Circuit des carburants ». Ce circuit réunissait des automobiles utilisant, les unes l’essence de pétrole, les autres l’alcool. Le jury était présidé par le marquis de Dion et comprenait diverses personnalités dont M. Chaix, alors quelque chose comme secrétaire général de « l’Association du pétrole ».
Une course pleine d’émotions et de teufs-teufs sonores. L’ambiance était excellente et les spectateurs, peu nombreux, se passionnaient pour la compétition des voitures alors hautes sur roues. Une automobile de la marque Dietrich triompha confortablement avec plusieurs kilomètres d’avance. Cette voiture avait un moteur qui utilisait uniquement l’alcool pur comme carburant.
Un drame commençait.
« … M. de Dion-Bouton applaudit à tout rompre à la victoire de la Dietrich. M. Chaix fronça les sourcils. Alors M. de Dion baissa son panache, se troubla et se tut. M. Chaix fit un signe et, docile, le noble marquis vint aux ordres de M. Chaix.
Frémissantes, les automobiles attendaient les couronnes ; les moteurs explosaient de triomphe, l’orgueil était à l’échappement libre. La Dietrich connaissait une heure de gloire inouïe. Déjà, des drapeaux tricolores pavoisaient, comme il convient, la victorieuse.
C’est alors que, morne, tremblant et blême, M. de Dion se dressa devant l’assemblée et déclara disqualifiée, par lui, président du jury, lui, marquis de Dion, ladite Dietrich : l’alcool employé dans le moteur n’étant pas un produit homogène.
Il y eut un moment d’étonnement et de stupeur !
M. le marquis de Dion courba la tête. M. Chaix était rayonnant.
Depuis, au Salon de l’Automobile, le marquis de Dion a avoué qu’il était au vif regret de s’être laissé influencer par M. Chaix, l’homme des pétroliers.
‘‘J’étais obligé d’en passer par là, déclara le marquis de Dion. M. Chaix commandite de cinq millions la société De Dion-Bouton. Or, M. Chaix plaidait la cause de l’essence au nom des pétroliers et menaçait de retirer ses fonds de mon affaire si je déclarais valable la course fournie par la Dietrich…’’ » […] Ce truquage de 1903 allait avoir des conséquences extraordinaires avec le développement dans le monde entier des moteurs à carburant liquide. II faut reconnaître aux pétroliers une politique à longue échéance. […] Voilà pour quelles raisons l’alcool, que tout le monde peut produire en partant de n’importe quels végétaux, ne put jamais concurrencer avantageusement le pétrole. C’est ce qu’on appelle : les batailles secrètes du pétrole, lesquelles impliquent des fonds secrets considérables nécessaires aux achats de complicité et de conscience.
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http://liesidotorg.wordpress.com/2011/12/29/la-guerre-secrete-du-petrole-de-pierre-fontaine-suite-i/

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