dimanche 25 décembre 2011

Écoute, Petit Homme !


Ils t'appellent "petit homme", "homme moyen", "homme commun" ; ils annoncent qu'une ère nouvelle s'est levée, "l'ère de l'homme moyen".
Cela, ce n'est pas toi qui le dis, petit homme ! Ce sont eux qui le disent, les vice-présidents des grandes nations, les leaders ouvriers ayant fait carrière, les fils repentis des bourgeois, les hommes d'état et les philosophes. Ils te donnent ton avenir mais ne se soucient pas de ton passé. Tu es l'héritier d'un passé horrible. Ton héritage est un diamant incandescent entre tes mains. C'est moi qui te le dis !


Un médecin, un cordonnier, un technicien, un éducateur doit connaître ses faiblesses s'il veut travailler et gagner sa vie. Depuis quelques années, tu as commencé à assumer le gouvernement de la terre. L'avenir de l'humanité dépend donc de tes pensées et de tes actes. Mais tes professeurs et tes maîtres ne te disent pas ce que tu penses et ce que tu es réellement ; personne n'ose formuler sur toi la seule critique qui te rendrait capable de prendre en main ta propre destinée. Tu n'es "libre" que dans un sens bien déterminé : libre de toute préparation à la maîtrise de ta propre vie, libre de toute autocritique.


Jamais je n'ai entendu dans ta bouche cette plainte : "Vous prétendez faire de moi mon propre maître et le maître du monde, mais vous ne me dites pas comment on peut se maîtriser, vous ne me révélez pas mes erreurs dans ma façon de faire, de penser et d'agir !"


Tu t'en remets au puissant pour qu'il exerce son autorité sur le "petit homme". Mais tu ne dis rien. Tu confies aux puissants ou aux impuissants animés des pires intentions le pouvoir de parler en ton nom. Et trop tard tu t'aperçois qu'une fois de plus on t'a trompé.


Je te comprends. D'innombrables fois je t'ai vu nu, physiquement et psychiquement, sans masque, sans carte de membre d'un parti politique, sans ta "popularité". Nu comme un nouveau-né, comme un feld-maréchal en caleçon. Tu t'es lamenté devant moi, tu as pleuré, tu m'as parlé de tes aspirations, de ton amour et de ton chagrin. Je te connais et te comprends. Je vais te dire comment tu es, petit homme, car je crois sérieusement en ton grand avenir. Il est à toi, sans doute ! Ainsi, ce qu'il faut en premier lieu, c'est te regarder toi-même. Regarde-toi comme tu es réellement. Écoute ce que te disent tes führers et tes représentants :


"Tu es un petit homme moyen !" Réfléchis bien au double sens de ces deux mots, "petit" et "moyen"...


Ne te sauve pas. Aie le courage de te regarder toi-même !


"De quel droit voulez-vous me donner une leçon ?" Je vois poindre cette question dans ton regard craintif. Je la vois sur ta bouche arrogante, petit homme ! Tu as peur de te regarder, tu as peur de la critique, petit homme, tout comme tu as peur, de la puissance qu'on le promet. Tu n'as aucune envie d'apprendre comment utiliser cette puissance. Tu n'oses pas t'imaginer que tu pourrais un jour ressentir autrement ton Moi; que tu puisses être libre et non plus comme un chien battu, franc et non plus tacticien ; que tu puisses aimer au grand jour et non plus clandestinement, à la faveur de la nuit. Tu te méprises toi-même, petit homme. Tu dis: "Qui suis-je pour avoir une opinion personnelle, pour décider de ma vie, pour déclarer que le monde m'appartient ?" Tu as raison : Qui es-tu pour être le maître de ta vie ? Je vais te dire qui tu es :


Tu te distingues par un seul trait des hommes réellement grands : le grand homme a été comme toi un petit homme, mais il a développé une qualité importante : il a appris à voir où se situait la faiblesse de sa pensée et de ses actions. Dans l'accomplissement d'une grande tâche il a appris à se rendre compte de la menace que sa petitesse et sa mesquinerie faisaient peser sur lui. Le grand homme sait quand et en quoi il est un petit homme. Le petit homme ignore qu'il est petit et il a peur d'en prendre conscience. Il dissimule sa petitesse et son étroitesse d'esprit derrière des rêves de force et de grandeur, derrière la force et la grandeur d'autres hommes. Il est fier des grands chefs de guerre, mais il n'est pas fier de lui. Il admire la pensée qu'il n'a pas conçue, au lieu d'admirer celle qu'il a conçue. Il croit d'autant plus aux choses qu'il ne les comprend pas, et il ne croit pas à la justesse des idées dont il saisit facilement le sens. (…)

Wilhelm Reich


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http://bouddhanar.blogspot.com/2011/12/sigmund-freud-contre-wilhelm-reich.html

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