samedi 31 décembre 2011

La loi de 1973 qui contraint l'état à emprunter à des fonds privés serait une rumeur complotiste !



C'est en tout cas ce que proclame un article du journal "Le Monde". Pour cacher l'inavouable, à savoir que les véritables responsables de la crise actuelle sont des banques d'affaires, les médias ressortent la vieille technique du complotisme d'extrême droite.
C'est pleins de formule absconses, de détails techniques et de raccourcis sémantiques, tout cela est destiné à  en mettre plein la vue et à tenir le plouc, qui achète encore son journal, éloigné du domaine dit "conspirationiste".

Retranscrit sous forme de dialogue, voici comment un économiste réfute point par point l'argumentation de cet article. Le texte en entier se trouve à cette adresse :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Analyse_des_reflexions_d_Alain_Beitone_sur_la_denonciation_de_la_loi_de_1973.pdf





Alain Beitone (le monde ) : 
La rumeur enfle depuis quelques semaines, sur internet, dans les médias, dans les déclarations de leaders politiques : la source de tous nos maux économiques serait la “loi de 1973″.
C’est l’extrême droite qui est à l’origine du mouvement. D’Alain Soral à Marine Le Pen, les choses sont claires la “loi Pompidou, Giscard, Rothschild”, en réformant les statuts de la Banque de France empêche l’État de “battre monnaie” pour se financer ce qui permet aux banques privées de s’engraisser en encaissant les intérêts de la dette. Certains n’hésitent pas à parler de “casse du siècle”.


Étienne Chouard :
Il se trouve que je défends vigoureusement —depuis 5 ans— une thèse importante, qu'on est en train de calomnier en la naturalisant d'extrême droite (on n'est pas plus aimable). Je vais donc tâcher, point par point, et de la façon la plus factuelle et incontestable possible, de répondre à ces objections calomnieuses.


À L'ORIGINE DE LA CRITIQUE DE LA CRÉATION MONÉTAIRE PRIVÉE ?
Il va falloir faire un travail de datation, mais pour ma part, j'ai l'impression de travailler sur ce sujet (avec André-Jacques Holbecq, Philippe Derudder, Maurice Allais et d'autres obscurs et courageux pionniers) bien avant que qui que ce soit de très visible médiatiquement en parle : les premiers échanges sur mon forum ("Reprendre le pouvoir sur notre monnaie") datent de l'été 2006. Les premiers écrits de Maurice Allais contre le pouvoir de création monétaire des banques privées datent de…1946, dans Économie et Intérêt (p 273 et s. par ex.). DE FAIT, la loi de 1973 ne fait que parachever une longue évolution, en accordant enfin le monopole de la création monétaire aux banques privées (par la confiscation totale à l'État de ce droit pour son propre usage).

Alain Beitone :
Dans ce courant politique, la lourde insistance sur les fonctions jadis exercées par G. Pompidou au sein de la banque Rothschild est loin d’être innocente.

On se trouve en présence d’une rumeur complotiste traditionnelle qui désigne un bouc émissaire et apporte une explication simple à la crise de la dette. Ce discours a son correspondant aux États-Unis avec la campagne autour du livre de Eustace Mullins sur les secrets de la Réserve Fédérale, dont la création est attribuée à un complot de banquiers impulsé par…James de Rothschild. Mullins (décédé en 2010) était une figure marquante de l’extrême droite antisémite américaine. Il suffirait donc de rendre la Banque de France aux français et de financer les dépenses publiques par des crédits à taux nuls ou très faibles pour que la crise de la dette soit résolue.

Curieusement, la dénonciation de la “loi de 1973″ fait aussi florès au sein de la gauche radicale. Un document récent sur la dette diffusé par Attac et la Fondation Copernic, fait de cette loi une des trois causes principales de la crise actuelle. Fort heureusement, la connotation antisémite est absente de ce second type de discours.

Mais sur le plan économique, l’argumentation est la même : avant la loi de 1973, l’État pouvait se financer à des taux très faibles auprès de la Banque de France, depuis, il est devenu prisonnier des marchés financiers. Il suffirait donc d’en revenir au mode de financement ancien pour que les problèmes soient résolus et seule l’obstination de la BCE et des et des allemands nous empêcherait d’adopter cette solution de “bon sens”.


Étienne Chouard :
L'accusation (facile et sans preuve) d'être "loin d'être innocent" est-elle elle-même innocente ?
Il est quand même choquant de voir sa propre pensée ainsi rangée, étiquetée, cataloguée avec les plus viles pensées qui soient, d'emblée, d'autorité. Cet article commence mal.
Un livre écrit par un auteur devenu antisémite n'est pas automatiquement antisémite. En l'occurrence, le livre de Mullins n'est pas antisémite, pas du tout : c'est le travail d'une vie de recherche, autour d'un enjeu sociétal crucial, avec des preuves innombrables des faits allégués…
Autre chose, donc, que l'article que je suis en train de commenter…
Remarque importante : chacun peut constater que l'assimilation systématique de toutes les dénonciations des divers complots bancaires à une idéologie d'extrême droite a comme EFFET indiscutable D'INTERDIRE TOUTE DÉNONCIATION d'un quelconque complot bancaire, FONDÉE OU PAS. Certains esprits libres trouvent la manoeuvre un peu facile : la saloperie qu'est l'antisémitisme sert ainsi de bouclier formidable contre toutes les dénonciations, MÊMES FONDÉES.
L'accusation systématique d'antisémitisme protège ainsi les banques les plus malhonnêtes. Ceci est UN FAIT.


• L'affirmation que le Président de la République Pompidou a été préalablement le Directeur de la banque Rothschild correspond à UN FAIT, parfaitement incontestable.
Chacun peut se reporter à la définition du CONFLIT D'INTÉRÊTS pour vérifier si, en l'occurrence, il y a un risque ou pas pour l'intérêt général.
• L'affirmation que ce Président (d'abord d'une grande banque privée, puis de la République) a signé en 1973, au nom du peuple français, une mesure qui consiste à obliger l'État à emprunter (principalement) aux banques privées l'agent dont il a besoin (quand il en manque) moyennant un INTÉRÊT RUINEUX, et surtout à un TAUX VARIABLE AU GRÉ DES HUMEURS DES MÊMES BANQUES (via des "agences" complices), cette affirmation est aussi UN FAIT, parfaitement incontestable.
• L'affirmation que cette mesure est contraire à l'intérêt général (puisque tous les emprunts d'État sont devenus mécaniquement coûteux) ET favorable à l'intérêt des banques privées (qui perçoivent précisément ces intérêts, et dont fait partie, à plus d'un titre, la banque Rothschild elle-même) est encore UN FAIT, parfaitement incontestable.


• La constatation que la dette publique française s'est progressivement envolée depuis cette année 1973, et que la charge de cette dette s'est envolée dans le même mouvement, cette constatation est encore UN FAIT, parfaitement incontestable.• L'observation 1) que l'article 104 du traité de Maastricht a remplacé (quasiment mot pour mot) l'article 25 de cette loi de 1973 ; 2) que cet article 104 n'a fait l'objet de rigoureusement aucun débat pendant la campagne référendaire de 1992 (de la même façon que l'article 25 n'avait, lui non plus, fait l'objet d'aucun débat en 1972) ; 3) que ce remplacement d'un article de loi (qu'une autre loi pouvait encore défaire) par un article de traité entre plusieurs pays, a comme EFFET de rendre INACCESSIBLE aux électeurs français ce sabordage monétaire, cette triple observation est encore un FAIT, parfaitement incontestable.
Je ne parle pas encore de la révolte qui peut légitimement envahir les citoyens qui découvrent trop tard cette honteuse trahison des prétendues élites ; je ne parle pour l'instant QUE DE FAITS
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• Par contre, l'affirmation que les constatations de fait ci-dessus sont UNE RUMEUR D'EXTRÊME DROITE, cette affirmation n'est PAS UN FAIT : c'est une calomnie, une rumeur malveillante, précisément.
Nous sommes donc à fronts renversés : les affabulateurs sont ceux qui prétendent les dénoncer. Je ne suis évidemment pas d'extrême droite et je ne permets pas qu'on le suggère ainsi sans réagir : cet article ressemble plutôt à un commérage calomnieux.


Alain Beitone :
Le fait que la loi de 1973 ait été abrogée en 1994 ne conduit apparemment pas ces innombrables blogueurs et autres auteurs de tracts à se poser la moindre question.

Étienne Chouard :
L'abrogation de la loi de 1973 a eu lieu pour permettre son remplacement immédiat par l'article 104 de Maastricht, qui dit exactement la même chose. Tout le monde sait cela, y compris "les blogueurs", mais apparemment pas notre spécialiste.

Alain Beitone :
De plus, bien avant cette loi, les banques commerciales assuraient déjà la création d’une bonne partie de la monnaie.

Étienne Chouard :
Effectivement, il y a longtemps que les banques privées se sont arrogé le droit de créer la monnaie. Tout le monde le sait, et tout le monde (sauf notre donneur de leçon) sait aussi que la loi de 1973 a amplifié le phénomène, qu'elle l'a même porté à son comble — crime de haute trahison contre l'intérêt général — puisque, désormais, l'État, qui pouvait encore jusque-là créer gratuitement la monnaie dont il avait besoin, ne peut plus le faire : à partir de 1973, tout le monde doit passer par la case (payante) "banque privée" pour avoir accès à la monnaie, même l'État ! Et Monsieur le dénicheur de rumeurs antisémites voudrait nous faire croire qu'il ne s'est quasiment rien passé d'important en 1973 ?
C'est amusant.

Alain Beitone :
Par ailleurs, la loi de 1973 ne fait que confirmer la possibilité ancienne pour le Trésor d’obtenir des avances auprès de la Banque de France dans le cadre d’une convention approuvée par le parlement.

Étienne Chouard :
Ah oui ? La loi de 1973 ne ferait que confirmer une possibilité ancienne ?
Notre défenseur de la loi de 1973 ne voit pas ce qui a changé en 1973 ?
On va donc le rappeler en deux mots :
- AVANT la loi de 1973, les (éventuels) intérêts (dont le TAUX était fixés par l'État lui-même) étaient versés à la Banque centrale, c'est-à-dire restaient dans les comptes du Trésor public, DONC SANS CHARGE D'INTÉRÊTS (si je verse un intérêt dans ma propre caisse, il ne me coûte rien : un enfant comprend ça, mais pas notre fin limier).


- APRÈS la loi de 1973, les intérêts versés (dont les TAUX sont fixés par les marchés financiers dont les principaux acteurs sont… des banques privées ou des aigrefins à leur service) SORTENT des comptes publics (pour aboutir dans des poches très privées, souvent bancaires) ce qui constitue désormais UNE CHARGE publique (aujourd'hui, elle est d'environ 50 milliards par an, une paille).
Tout le monde, à gauche comme à droite, (tout le monde sauf notre grand chasseur de légendes urbaines) est en train de comprendre que CE FARDEAU DE LA SOUMISSION AUX MARCHÉS FINANCIERS ÉTAIT — dès le départ ! — incontestablement NON NÉCESSAIRE (et donc quelque peu étrange, de la part de "grands serviteurs" de l'État).


Bref, une analyse économique et historique même superficielle conduit à rejeter l’explication incantatoire par “ la loi de 1973 ”.


Quand notre dénonciateur de fascistes nous avoue que son analyse économique et historique fut superficielle (sic), on comprend mieux ;-)

Alain Beitone :
Comme souvent, les rumeurs, en même temps qu’elles proposent une explication simpliste, occultent les vrais problèmes.

Étienne Chouard :
Ah ! Soyez concentrés : on va nous expliquer les vrais problèmes, mais pas de façon simpliste, hein ?
Au fait, ramener toute critique des intrigues bancaires à une rumeur antisémite, ce n'est pas simpliste, ça non. Et ça ne servirait pas, précisément, à occulter les vrais problèmes, par hasard ?
Il est amusant, cet article, finalement.

La suite sur le site d'Étienne Chouard
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Analyse_des_reflexions_d_Alain_Beitone_sur_la_denonciation_de_la_loi_de_1973.pdf


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