jeudi 12 janvier 2012

Il sequestre sa fille pendant 24 ans et lui fait 7 enfants




...et sa femme n'était pas au courant, la bonne blague ! Cet homme c'est Josef Fritzl, un Mr tout le Monde absolument normal sauf qu'on a découvert qu'il avait fondé une famille incestueuse et la cachait dans sa cave.
L'affaire avait fait grand bruit il y a quelques années mais ce qui est intéressant c'est la manière dont elle a été traitée.


Mr Fritzl a été qualifié de "monstre total" et puni pour un meurtre qu'il n'avait pas commis tandis que sa femme a été exonérée de toute charge bien qu'un beau jour sa fille ait subitement disparue sans qu'elle s'en émeuve et sans qu'elle puisse soupçonner que son mari pouvait la retenir séquestrée dans le sous sol de sa propre maison.

Avec cette histoire, la matrice a buggé et une brèche s'est ouverte dans notre réalité. Quand une telle chose survient, on se dépêche de tout camoufler sous une tonne de faux semblants. Mr Fritzl, citoyen respectable au demeurant, est forcément un monstre sanguinaire, il faut tuer cette bête ou au moins la jeter au fond d'un trou et qu'elle n'en ressorte plus.

En vérité, ce Fritzl n'est ni  plus ni moins monstrueux que ces "braves gens" qui votent pour des génocideurs dictatoriaux comme Bush, Blair, Sarkozy ou Obama. Le seul probléme c'est que la loi et les normes morales n'autorisent pas (du moins pour l'instant) le comportement de Mr Fritzl. Mais par contre, envahir des pays et massacrer sa population sous couvert de frauduleux pretextes est une chose couramment admise.
Fritzl n'a tué personne mais c'est le monstre absolu, Sarko et la clique des BHL ont le sang de dizaines de milliers d'innocents sur les mains et il ne sont pas inquiétés, qu'est ce qui est le plus monstrueux ?

Mais cela très peu de gens peuvent le comprendre, la  plupart sont comme les enfants incestueux de Fritzl, ils contemplent le monde à travers la lucarne de la télévision et vivent en circuit fermé sans même se douter que le vrai monde  existe.



«Fritzl, c'est le monstre total !»

Pendant vingt-quatre ans, l'Autrichien Josef Fritzl a séquestré sa fille dans une cave et lui a fait sept enfants. De l'enfer autrichien, Régis Jauffret a rapporté un roman hallucinant. Il s'en explique avec David Caviglioli.

Le Nouvel Observateur Félicitations: j'ai passé une semaine cauchemardesque...

Régis Jauffret Merci. [Rires.] C'est le livre le plus difficile que j'aie jamais écrit. J'ai essayé de tout mettre, sans faire d'impasse. La difficulté, c'était la durée. Donner une idée de ces vingt-quatre années.

Il s'agit tout de même d'un roman. Où est le vrai, où est le faux?

Ce qui paraît le plus faux, c'est justement le vrai. On se trouve face à une affaire invraisemblable que la justice autrichienne a traitée d'une manière invraisemblable. Fritzl est en prison pour des faits qu'il n'a pas commis: il n'a assassiné personne, mais il a été condamné pour assassinat - et esclavagisme. La procureure a ouvertement dit aux jurés qu'il n'avait pas commis ces crimes, mais qu'il fallait quand même le condamner.

L'instruction a été très courte pour une affaire de cette envergure. Le procès a été bouclé en trois jours et demi. Les parties capitales se déroulaient à huis clos. Le témoignage de la fille de Fritzl, Elisabeth, a été enregistré dans un lieu secret, et probablement détruit depuis. Les voisins n'ont pas été interrogés, ou très peu. La femme de Fritzl non plus. La justice autrichienne a obéi à Elisabeth, qui l'a disculpée. Mais elle est revenue sur ses propos. Elle a dit: comment serait-il possible que maman n'ait pas su?

Des experts en acoustique affirmaient qu'il était impossible d'ignorer les bruits qui montaient du sous-sol.

Ils n'ont pas été convoqués au procès. Tout se passe comme si leur rapport n'existait pas. On y apprend que la cave n'était ni bétonnée ni insonorisée, contrairement à ce qui a été dit. A l'intérieur, on se serait cru dans un Salon des Arts ménagers: comment imaginer que personne n'ait entendu l'énorme mixeur, dont le bruit doit avoisiner les 100 décibels? Ou la machine à laver en cycle d'essorage? Ou la télévision, les pornos que Fritzl regardait? Ou plus simplement les hurlements d'Elisabeth, qui a accouché sept fois toute seule, avec un paquet de coton, une bouteille d'alcool et une paire de ciseaux d'écolier? Ou les pleurs des six enfants? J'ajoute que ce quartier d'Amstetten est une zone pavillonnaire parfaitement silencieuse. Or Fritzl avait des locataires, qui habitaient au rez-de-chaussée, directement au-dessus de la cave.

Pourquoi la justice autrichienne a-t-elle évité aussi soigneusement de se poser ces questions?

Cette affaire a été prise comme une mise en accusation de l'Autriche. Les médias du monde entier y ont cherché une manifestation du nazisme. On a voulu prouver que Fritzl était un nazi. On a par exemple raconté qu'il avait été dans les Jeunesses hitlériennes, ce qui est faux. L'important pour l'Autriche, c'était de clore cette affaire qui devenait une affaire d'Etat. Si on avait enquêté sérieusement, ça n'aurait jamais pris fin, il y aurait eu des instructions en cascade. On en avait pour quatre ou cinq ans.


Il y a pourtant quelque chose d'un projet fasciste, dans cette cave: l'idée d'un nouveau monde, d'une humanité expérimentale fondée autour d'une souche unique...

Bien sûr. Mais si ça avait eu lieu en Espagne, personne n'y aurait pensé. La tentation, c'est de trouver la première explication venue. Celle du nazisme est commode. Malheureusement, elle ne fonctionne pas. Fritzl lui-même s'est servi du nazisme pour se défendre. Il justifiait ses crimes par l'extrême sévérité de son éducation. Mais l'éducation autrichienne a toujours été violente.

Natascha Kampusch, dans son autobiographie, raconte qu'il y a quinze ou vingt ans, dans les squares, on voyait souvent des mères qui projetaient leurs enfants par terre et les battaient à coups de pied. C'est ce que faisait Fritzl aux siens. Il leur cassait la gueule. Les services sociaux se sont rendus chez lui. Ils n'y ont rien vu d'autre qu'une ambiance typiquement autrichienne.

Vous décrivez l'Autriche comme un pays étouffant D'où la contraction de «Claustria»: Claustration + Austria...

Le ménage a été fait en Allemagne, pas en Autriche. Il suffit de lire Elfriede Jelinek ou Thomas Bernhard. Le grand malheur, pour les Autrichiens, ce n'est pas le nazisme, c'est l'occupation soviétique, qui a été très dure. Les femmes d'un certain âge ont très souvent été violées par les Russes. Mais elles n'en font pas grand cas. Ce qui explique que les crimes sexuels ne sont pas considérés là-bas avec la même gravité qu'en France. On en revient au verdict. La justice a dû charger Fritzl avec des crimes imaginaires, parce que ceux qu'il avait commis ne lui faisaient encourir que huit ans de prison. Ici, pour la même chose, c'était la perpétuité.

A vous lire, on se dit que l'Autriche a peut-être eu raison de se sentir attaquée...

On ne peut pas s'empêcher de le penser. Deux ans avant Fritzl, il y a eu Kampusch, une autre affaire de séquestration souterraine. C'est tout de même curieux. Le plus angoissant, c'est qu'il y a peut-être à l'heure actuelle des gens enfermés dans des caves autrichiennes. Cette question me torture.

Vous êtes-vous vraiment, comme vous le racontez dans le roman, déguisé en médecin pour parler à un des enfants dans l'hôpital où la famille était logée? Etes-vous réellement entré dans la cave?

Je suis allé très loin dans l'enquête, mais je ne peux pas répondre en détail. Je risquerais d'impliquer des gens. Par ailleurs, je présente le livre comme un roman parce que c'en est un. J'aurais aimé écrire un récit comme Emmanuel Carrère ou Truman Capote, mais j'en suis incapable.


Vous imaginez notamment le futur de la famille Fritzl, et en particulier du petit dernier, Félix.

Il est sorti de la cave à 5 ans. C'est le seul qui peut être sauvé. Quel espoir, sinon, pour sa mère, qui y est restée vingt-quatre ans? Pour les aînés qui y ont vécu enfermés jusqu'à 18, 19 ans? Personne ne peut le savoir. Comme me l'a dit un psychiatre qui s'occupait d'eux, on n'a aucun exemple, aucun point de comparaison. C'est un phénomène inédit: des gens qui ne connaissaient le monde extérieur que par la télévision, une matérialisation extravagante de la caverne de Platon.

Elisabeth suppliait son père de lui faire l'amour. Les enfants l'aimaient. Y avait-il du bonheur dans cet enfer?

Bien entendu. Ils fêtaient Noël, ils cachaient des oeufs à Pâques. Les enfants avaient des jouets et des peluches. Sans joie, ils seraient tous morts. Quand on voit les photos, c'est un endroit très confortable. Si on vous les montrait, vous ne remarqueriez peut-être pas l'absence de fenêtres. La cave fait quelque chose comme 55 mètres carrés, pour quatre personnes. Il y avait une odeur répugnante, des rats, mais la propreté était impeccable. Le sol était dans un très beau parquet synthétique - j'ai le même chez moi.

L'autre élément important de votre roman, c'est la folie qui s'est déclenchée autour de l'affaire.

Une industrie est née, du fait que les médias du monde entier étaient là.
La salle de presse du tribunal était immense, on se serait cru à l'ONU. Il y avait des équipes britanniques, arabes, chinoises. Ces journalistes sont restés dix, douze mois. C'était une population qu'il fallait gérer. C'est pour ça qu'il y avait des points presse tous les jours, même si on n'y disait pas grand-chose. Dans un restaurant, on servait des «escalopes Fritzl». Fritzl lui-même a essayé d'en profiter. Il a cherché à vendre sur eBay des nuitées dans sa cave.

Il était obsédé par la richesse...

Les Autrichiens ont un rapport particulier à l'argent. Ca tient à l'histoire: quand les Russes sont partis, les banques du pays ont servi de base arrière à l'économie des pays de l'Est. D'ailleurs, vous remarquerez qu'il n'est pas question que l'Autriche perde son «triple A».

Fritzl rêvait de bâtir un empire immobilier. Il y a d'ailleurs eu un scandale récent: un des projets qu'il avait initiés a été mené à terme. Ca a fait polémique, entre ceux qui soutenaient que c'était un bon projet, et ceux qui trouvaient ça gênant. Donc, rien d'étonnant à ce que Fritzl ait cherché à monétiser l'affaire. L'argent a circulé dès le départ, notamment à cause des médias. La presse étrangère a l'habitude de rémunérer les interviews. Vous aviez des journalistes, entre autres anglo-saxons, qui se baladaient avec des liasses d'euros et qui achetaient des entretiens avec n'importe qui.

Un éditeur britannique a promis 6 millions de livres sterling à Elisabeth Fritzl pour ses Mémoires. Je serais étonné que ce livre ne sorte pas. On fera certainement des offres aux enfants, qu'ils accepteront. Toute la famille, aujourd'hui, se trouve dans une situation étrange, quelque part entre la misère absolue et la richesse.

Pourquoi avez-vous changé tous les noms, sauf celui de Josef Fritzl?

Cet homme est une des plus grandes ordures de tous les temps. Il n'y a aucun scrupule à avoir, rien à dire pour sa défense, aucune rédemption possible. L'émotion qu'il a montrée au tribunal était ouvertement factice. En ce moment, il cherche à faire réviser son procès, ce qui en toute rigueur juridique lui vaudrait une libération prochaine. Le monstre total, on s'aperçoit que ça existe.

Propos recueillis par David Caviglioli
Claustria, par Régis Jauffret,
Seuil, 480 p., 21 euros.


http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20120111.OBS8526/fritzl-c-est-le-monstre-total.html

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