lundi 17 décembre 2012

Voyage aux Etats-Unis, le témoignage d'Eva R-sistons

Aucun risque que je foute un jour les pieds dans ce pays.


20 ou 22 ans. Etudiante. Je rêve d'aller aux Etats-Unis, et même d'y rester ! Eldorado, n'est-ce pas ? Bourrage de crâne permanent, "l'ami américain", le "modèle américain", "l'american way of life". Parfois, dans les rues, une inscription : "USA go home" !

A 20 ans, je pars conquérir les Etats-Unis, avec une adresse en poche, celle de touristes américains, un frère et une soeur (20 ans environ) rencontrés à Grenade, là où j'ai vécu avec mes amis gitans, au sacro-Monte. Je les retrouverais à Boston... dans leur immense propriété au bord d'un lac, car c'étaient des gosses de riches. Accueil bourgeois - mais nous sommes aux Etats-Unis. Les bourgeois rotent en mangeant, et reposent leurs jambes sur les tables.

Ils me donnent les adresses d'amis.

Mais c'est à New-York que j'arrive. Dans l'appartement du mari de ma soeur, en plein Manahattan, au milieu des insolentes cages de verre et des hurlements de sirènes. La violence est omniprésente ! Je m'abonne au Greyhound (bus sillonnant les USA), et je pars à la découverte du paradis américain. A l'aventure, ou chez les amis des amis. Des amis très vexés car déjà les monuments froids des Américains ne m'intéressent pas. Je leur demande de me montrer les ghettos, les quartiers noirs, hispaniques, italiens. Là où c'est vivant, coloré, chaleureux !

Les villes américaines, les paysages me sont insupportables. Les sombres blocs d'immeubles avec leurs échelles d'incendie, les maisons toutes identiques, en bois, au milieu d'un lopin de terre, et puis des rues rectilignes, toutes les mêmes, tristement uniformes et prévisibles, des villages sans âme, avec des blocs carrés plus larges que les autres : les centres commerciaux, antres de la consommation et de la tentation. Ou les steack houses. En trois jours, on a compris. Ce monde est sombre, laid, froid, sordide, sans personnalité. Pour égayer, pff ! De temps à autre des cimetières de carcasses de voitures désossées ou des garages en plein air, et partout des publicités géantes, envahissantes, broyeuses d'énergie. Beaucoup de psychiatres, et il y en a aussi pour les animaux. C'est un monde de fous ! Je suis vite dégoûtée.

Washington. Munie de ma première carte de presse (je fais déjà des piges, pour le magazine Noir et Blanc), je me rends au Syndicat des Journalistes. Une immense tour. Le Président du syndicat des journalistes, M. Talbert (50 ans, 4 ou 5 fois divorcé), reçoit en personne la petite française, la jeune journaliste. Et le soir même, dans le taxi, il me demande en mariage : "Vous êtes jolie, jeune, charmante. Je veux vous épouser". Comment me débarrasser de l'importun ? Une idée, évidemment de génie ! Je parle politique. De Gaulle, alors, n'est pas populaire auprès des étudiants. Je le dis. "Ah, vous êtes communiste ?" (car je ne suis pas pour le pouvoir en place). "Descendez de la voiture. Pas de communistes aux Etats-Unis. Fichez-le-camp !"

Horreur ! Il m'avait conseillé un peu plus tôt de ne jamais marcher seule dans une rue américaine, surtout à Washington, sinon je suis une femme morte. Sans doute vaut-il mieux une femme assassinée qu'une "communiste" vivante ! Décidément les Américains sont charmants.

Après Washington, Philadelphie. Les "amis" de mes amis de Boston ne peuvent me loger, mais la maison de la voisine est vide, ils ont les clés. Ils vont m'y enfermer pour la nuit : Pour être sûre que je ne sorte pas sans eux, pour être sûre qu'on ne me descende pas ! Car les rues américaines sont dangereuses, très dangereuses. Plus tard, en retournant deux fois aux Etats-Unis pour reportages et livres sur les gangs de rues, je ne le sais que trop. Un exemple ? Le couple d'évangélistes qui m'accueille avec mon mari, nous mettent au parfum : Jamais seuls dans les rues ! Le soir, après avoir prié la femme du Pasteur attend son mari une matraque à la main. Pourtant, il stationne sa voiture juste devant le logement : A peine deux mètres à parcourir, mais c'est encore trop ! Le danger est partout, la peur est partout. Modèle américain ! Après tout, les Américains n'ont pas de culture, pas de passé, pas d'Histoire, pas d'éducation. La lie des Européens (repris de justice etc) est partie coloniser les terres indiennes, en massacrant les autochtones. Comme en Palestine, sans doute, "une terre sans peuple pour un peuple sans terre". Des voyous, des assassins, réglant leurs problèmes avec la gâchette. Le Droit ? Non, la loi du plus fort, comme en israël. Un obstacle, même humain ? On sort le révolver. Dans l'autre poche, il y a la Bible. Aux Etats-Unis, colt et bible font "bon" ménage. Les Amerindiens sont exterminés ou parqués dans des camps de concentration : Holocauste sans commémoration ! Nettoyage ethnique, évidemment. La race supérieure, blanche, extermine la race "inférieure", rouge. Voilà le vrai visage de nos bons amis américains, autoproclamés démocrates, agissant pour la liberté, le Bien, voire Dieu. Ou le diable ? D'ailleurs, après les Indiens, voici le tour des esclaves noirs. Et les plus grands dirigeants du pays sont éliminés : Lincoln, Kennedy, Martin Luther King, Malcom X ...

Les villes américaines se succèdent, toutes identiques, sauf la New-Orléans, au charme bien français, à la douceur de vivre, aux rues pleines de fantaisie. Est-ce pour cela qu'on a refusé de construire les digues pour protéger la ville insolente par sa différence ?

Mes hôtes sont toujours les mêmes. Barricadés, vivant dans la peur de l'agression, ne sortant que pour le travail ou l'école, l'Eglise ou le centre commercial. Ou Mac Do ! Les Américains sont dégoulinants de graisse. Et le chef de famille fait sa double journée de travail pour financer les études des enfants ou les soins médicaux. C'est ça le modèle qu'on veut nous imposer ? Sauve-qui-peut !

Pour économiser, je dors dans les bus greyhounds. Une scène m'a frappée : En me réveillant, je vois une jeune Noire debout dans l'allée centrale, alors que pour être mieux à mon aise, j'occupais deux sièges pour dormir. Je suis désolée : "Pardon, prenez ma place ! Pourquoi ne m'avez-vous pas prévenue ?". "Parce que vous êtes blanche et moi noire, je ne pouvais pas faire ça".

Enfin le Texas, le coup de massue final. Des brutes épaisses. Et il me reste encore une vingtaine de jours à tirer aux Etats-Unis ! Horreur !

Le Mexique est à côté, la tentation est grande. J'aime tant les Latinos, je parle presque couramment l'Espagnol. Alors oui, c'est décidé, je vais à la frontière, sans visa, sans rien. "Je veux fuir les Etats-Unis, je déteste ! Gardez-moi avec vous, même dans vos prisons car je n'ai pas de visa, mais je veux rester au Mexique !". "Donnez-moi une photo de vous en souvenir, et vous aurez le visa". J'ai eu le visa, et dans le bus pour Monterrey il y avait 2 femmes, une vieille et une jeune, je me suis assise à côté de la jeune. Elle était belle, elle était présentatrice de télévision. Elle m'a invitée chez elle, un vrai régal latino, puis j'ai séjourné à Mexico chez ses amis (policiers) qui ont pris 4 jours de vacances pour me faire tout visiter, puis à Acapulco. Hospitalité et charme mexicains. Quel bonheur ! Les Etats-Unis et le Mexique ? Le jour et la nuit !

En rentrant des Etats-Unis avec un gros rhume (air-conditionné oblige) et juste l'équivalent de dix euros (que j'ai d'ailleurs donnés à un clochard qui faisait la manche), je me suis promise de ne plus jamais retourner dans ce paradis artificiel, dans cet antre du diable, dans ce haut lieu de la violence. A peine débarquée dans le métro, d'ailleurs, j'avais vu une grosse flaque de sang: "Ce n'est rien, m'a-t-on dit, juste une agression". Ben voyons ! JUSTE une agression - de plus ? Fichtre !

Juré, promis, on ne m'y reprendra plus; Je ne mettrai plus jamais les pieds dans ce sale pays !

Une vingtaine d'années plus tard, j'y étais de nouveau. Mais cette fois avec mon mari pour vivre... au milieu des gangs de rues. Et ramener photos, reportages et livres.

A bientôt ! Et surtout, fuyez le modèle américain !

Eva R-sistons, pseudo pour Chantal Dupille

http://chantaldupille.over-blog.com/

2 commentaires:

Zangao a dit…

Depuis combien de temps ce pays est il notre modèle ???
L'avantage est qu'il nous montre comment nous allons crever.

babz a dit…

je ne suis pas du tout fan des states ...
mais il ne faut quand meme pas exagerer,tout comme l'auteur j'y suis allé plein d'images stereotipées et tout comme l'auteur je me suis juré de ne jamais retourner là bas,mais je ne me suis jamais senti en insecurité...meme en errant une nuit dans manathan en attendant un train

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