jeudi 4 juillet 2013

Big brother en France : La DGSE espionne illégalement la totalité de nos communications


Si les révélations sur le programme d’espionnage américain Prism ont provoqué un concert d’indignation en Europe, la France, elle, n’a que faiblement protesté. Pour deux excellentes raisons : Paris était déjà au courant. Et fait la même chose.

Le Monde est en mesure de révéler que la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, les services spéciaux) collecte systématiquement les signaux électromagnétiques émis par les ordinateurs ou les téléphones en France, tout comme les flux entre les Français et l’étranger : la totalité de nos communications sont espionnées. L’ensemble des mails, des SMS, des relevés d’appels téléphoniques, des accès à Facebook, Twitter, sont ensuite stockés pendant des années.

Si cette immense base de données n’était utilisée que par la DGSE qui n’officie que hors des frontières françaises, l’affaire serait déjà illégale. Mais les six autres services de renseignement, dont la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), les douanes ou Tracfin, le service de lutte contre le blanchiment, y puisent quotidiennement les données qui les intéressent. En toute discrétion, en marge de la légalité et hors de tout contrôle sérieux. Les politiques le savent parfaitement, mais le secret est la règle.


Un dispositif clandestin

Ce Big Brother français, petit frère des services américains, est clandestin. Pourtant, son existence figure discrètement dans des documents parlementaires. Les huit députés et sénateurs de la délégation parlementaire au renseignement rappellent, dans leur rapport du 30 avril, que “depuis 2008, des progrès ont été réalisés en matière de mutualisation des capacités, notamment en ce qui concerne le renseignement d’origine électromagnétique, opéré par la DGSE au profit de l’ensemble de la communauté du renseignement”.

Les parlementaires proposent même d’aller plus loin, de “renforcer les capacités exploitées par la DGSE” et de “consolider l’accès des autres services aux capacités mutualisées de la DGSE”.

La cible : les “métadonnées”


Les services de renseignement cherchent non pas le contenu des messages, mais leur contenant. Il est plus intéressant de savoir qui parle et à qui que d’enregistrer ce que disent les gens. Plus que les écoutes, ce sont ces données techniques, les “métadonnées”, qu’il s’agit d’éplucher.

La DGSE collecte ainsi les relevés téléphoniques de millions d’abonnés – l’identifiant des appelants et des appelés, le lieu, la date, la durée, le poids du message. Même chose pour les mails (avec possibilité de lire l’objet du courrier), les SMS, les fax… Et toute l’activité Internet, qui passe par Google, Facebook, Microsoft, Apple, Yahoo!… C’est ce que la délégation parlementaire au renseignement appelle très justement “le renseignement d’origine électromagnétique” (ROEM), traduction du Sigint (signal intelligence) de la NSA.

Ces métadonnées permettent de dessiner d’immenses graphes de liaisons entre personnes à partir de leur activité numérique, et ce depuis des années. De dessiner une sorte de journal intime de l’activité de chacun, tant sur son téléphone que sur son ordinateur. A charge ensuite pour les services de renseignement, lorsqu’un groupe intéressant a été identifié, d’utiliser des techniques plus intrusives, comme les écoutes ou les filatures.

Un supercalculateur boulevard Mortier

Le dispositif est évidemment précieux pour lutter contre le terrorisme. Mais il permet d’espionner n’importe qui, n’importe quand. La DGSE collecte ainsi des milliards de milliards de données, compressées et stockées, à Paris, sur trois niveaux, boulevard Mortier, dans les sous-sols du siège de la DGSE.

Le directeur technique de la DGSE depuis 2006, Bernard Barbier, a évoqué le dispositif en public à deux reprises, en 2010, lors du Symposium sur la sécurité des technologies de l’information et des communications, puis devant l’Association des réservistes du chiffre et de la sécurité de l’information, des propos rapportés sur de rares sites spécialisés, dont Bug Brother, le blog de Jean-Marc Manach hébergé par Le Monde.

Bernard Barbier a alors parlé du “développement d’un calculateur à base de FPGA” (des circuits logiques programmables), qui est “probablement le plus gros centre informatique d’Europe après les Anglais”, capable de gérer des dizaines de pétaoctets de données, – c’est-à-dire des dizaines de millions de gigaoctets. La chaleur dégagée par les ordinateurs suffit à chauffer les bâtiments de la DGSE…

La France est dans le top 5 en matière de capacité informatique, derrière les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, Israël et la Chine. M. Barbier estimait à 4 milliards le nombre d’objets connectés en 2013, avec un débit de l’ordre de 1 milliard de communications simultanées. “Aujourd’hui, nos cibles sont les réseaux du grand public, indiquait le directeur, parce qu’utilisés par les terroristes.”

La DGSE, à la tête de “la plus forte équipe de crypto-mathématiciens” de France, pénètre les systèmes informatiques – et collecte évidemment des millions de données personnelles.

Un renseignement “mutualisé”

Les autres services de renseignement français ont accès en toute discrétion à cette gigantesque base de données, sobrement baptisée “infrastructure de mutualisation”. Il s’agit de la direction du renseignement militaire (DRM), la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD), la direction centrale de la sécurité intérieure (DCRI), la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), de Tracfin et même du petit service de renseignement de la préfecture de police de Paris.

Selon le Sénat, 80 % des moyens de la direction technique de la DGSE sont utilisés par ces autres services. Chacun donne le nom de la cible visée à son interlocuteur de la DGSE, qui répond “hit” (touché) ou “no hit” selon qu’elle figure ou non dans la base de données. Puis les services de la DGSE rendent intelligibles les métadonnées, en y ajoutant du renseignement classique.

Les demandes de consultations sont loin de se limiter au seul terrorisme ou à la défense du patrimoine économique. Le libellé très flou de la protection de la sécurité nationale permet notamment d’identifier les entourages de personnalités au plus haut niveau de l’Etat, quelles que soient leur qualité et la nature des liens espionnés.

Absence de contrôle

Le dispositif est parfaitement illégal – “a-légal”, corrige l’un des patrons d’une des agences de renseignement. “Le régime juridique des interceptions de sécurité interdit la mise en œuvre par les services de renseignement, d’une procédure telle que Prism, assure la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Chaque demande de réquisition de données ou d’interception est ciblée et ne peut pas être réalisée de manière massive, aussi quantitativement que temporellement. De telles pratiques ne seraient donc pas fondées légalement.” La CNIL ne peut infirmer ou confirmer l’existence du système français – elle n’a d’ailleurs pas accès aux fichiers de la DGSE ou de la DCRI.

La loi encadre certes strictement les interceptions de sécurité, autorisées par le premier ministre, sur avis de la Commission nationale consultative des interceptions de sécurité (CNCIS), mais n’a en rien prévu un stockage massif de données techniques par les services secrets. “Voilà des années que nous sommes dans l’autorisation virtuelle, confie l’un des anciens patrons des services. Et chaque agence se satisfait bien de cette liberté permise grâce au flou juridique qui existe autour de la métadonnée.”

Un parlementaire confirme “qu’une grande part des connexions électroniques en France est effectivement interceptée et stockée par la DGSE”. Mais officiellement, “l’infrastructure de mutualisation” n’existe pas.



http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/07/04/revelations-sur-le-big-brother-francais_3441973_3224.html

11 commentaires:

jb pinna a dit…

en effet j'ai vecu 20 ans a st laurent de la salanque et il y a une base soit disant abandoné de l'armée j'y allé avec mon frére pour pousser a fond nos voitures telecomandé thermique car juste a coté il y a un espace enorme,cependant je n'ai jamais vus de mouvement dans ce complexe soit disant abandoné ou alors ils ont demenagé,lors de mes 17 ans jj'ai frequenté une fille,sont pére travaillait a la dgse et controlait et investiguer toute les relations de sa fille,elle vivait un enfer,il a mis fin a notre aventure sans motif,

Tomla a dit…

En général une base abandonnée ou la localisation d'un désert aride ou autre n'est qu'une couverture, c'est en sous-sol que ça se passe.

raffi henry a dit…

COMPLEMENT D'INFO

""Quand la police judiciaire utilise des données de la DGSE
C'est l'un des points les plus problématiques du programme de surveillance de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) : les moyens techniques d'interception des services secrets sont aussi utilisés par des officiers de police judiciaire.
Les données, obtenues en dehors de toute légalité, entrent alors souvent dans la procédure judiciaire sous la forme de renseignements anonymes.""

Ces renseignements ne peuvent pas constituer de preuve (qui était derrière le clavier ? Identifiants volés ?) mais influencent forcément la décision judiciaire.

!!! Ne pas prêter ses appareils de télécommunication et identifiant WiFi à n'importe qui !!!

Alexis Descambre a dit…

Ce qui me fait rire avec cette histoire de Snowden, c'est qu'il s'est subitement réveillé et s'est rendu compte que les "Bisounours" passaient sur une autre chaine.

Depuis des décennies tous les pays espionnent (selon leurs moyens évidemment)les autres.

La seule remarque qu'on puisse réellement faire est que les USA sont les championnes du genre:
- elles ont beaucoup d'argent à y consacrer
- elles ont accès à toutes les technologies modernes (ce sont elles qui ont créé Internet les ordinateurs et les mobiles)
- les PC qui sont soit sous Windows soit sous OSx (Apple) sont obligatoirement tenus par la NSA d'avoir des portes arrières dans leur logiciels permettant l'accès aux données

Quand j'écris ces lignes je sais qu'un ordinateur au fin fond d'un état US lit (par dessus mon épaule) ce que je tape ici et juge de mon coté 'dangereux' ou non... et comme il connait mon IP... donc mon identité...

C'est pour cela qu'aucun site 'anti-complot' ne pourrait réellement exister sans la bénédiction des services secrets, US ou autres.

LOL

On finit par se demander l'utilité de tout cela puisqu'en plus les 3/4 des politiques, journalistes et autres acteurs du monde 'moderne' sont financés, formés et mis en place par les mêmes services secrets.

Doublon ou précaution ?

iQsss a dit…

Papier+crayon=0 soucis

Skeptikos Evlavis a dit…

Alexis, tu as sans doute raison, mais ils ne peuvent pas (pour le moment) arrêter tous les bloggers qui les gênent. Il y a un article intéressant chez les moutons enragés. Désolé ai pas le temps de mettre un lien.

jb pinna a dit…

Il n'y a aucun motif pour arreter des bloggers cependant cela leurs permets d'evaluer le nombres de dissidents potentiels,ils repertorient et classent en temps reel les conspirationniste et etablissent une carte,cela je pense leurs permetra le temps choisi de localiser et stopper le flux "conspirationniste",c'est juste mon opinion,bonne journéé a tous

Skeptikos Evlavis a dit…

@ Alexis & jb Pinna : Bien sûr qu'ils nous répertorient. Mais tant qu'on ne passe pas dans un régime dictatorial, ils ne peuvent pas vraiment nous inquiéter (ils peuvent peut-être menacer ou éliminer discrètement un webmaster qui dévoilerait des infos vraiment secrètes, mais pas de simples commentateurs de forums comme nous).
D'ailleurs, les représentants de l'élite reconnaissent que internet et la diffusion d'infos qu'il implique complique l'application de leurs projets de nouvel ordre mondial :

http://fr.sott.net/article/11680-Un-peu-de-baume-au-cur-de-la-Resistance-mondiale-a-l-etablissement-du-Nouvel-Ordre-Mondial

hotchiwawa a dit…

Faux car papier = soucis.
Les écrits restent.

Raf a dit…

Les téléphones fixes sont aussi de jolis mouchards...

crash2012 a dit…

Bien sûr qu'on est sur écoute, fichés y too y too, ça existe depuis "la nuit des temps".
Que voulez vous y faire ? nada
c'est comme vouloir changer les choses, oui nous ne sommes pas des moutons mais nous sommes malgré tout bien petit, les grands représentent un rouleau compresseur et je ne crois pas qu'on puisse y faire grand chose. C'est un peu négatif ça semble un peu aussi fataliste mais assez réaliste. c'est comme la rencontre d'un petit oiseau avec un gros matou, pas de doute sur la fin. Le monde actuel est un peu comme ça un gros rouleau compresseur.

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Commentaires fermés

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