vendredi 12 juillet 2013

Le mensonge de l'apartheid


C'est l'un des nombreux paradoxes amers concernant l'Afrique du Sud : la politique d'apartheid — à laquelle les Afrikaners se sont cramponnés pendant des décennies, car ils voyaient en l'apartheid leur seul espoir de salut face à la domination du tiers-monde — était en fait un système inapplicable et impossible à mettre en œuvre, qui conduisit directement à la fin des Afrikaners en tant que force politique dans ce pays. Les hommes politiques — le Parti national — qui encouragèrent l'apartheid sont les principaux responsables de cette tragédie ; ils offrirent un faux espoir aux Afrikaners, puis, quand survint l'inévitable, ils changèrent de direction et capitulèrent, abandonnant leurs partisans à la férule du Congrès national africain (A N C) avec autant de cynisme qu'ils leur avaient menti auparavant.


Car l'apartheid — en réalité une ségrégation raciale forcée — n'était rien d'autre qu'une illusion, une caricature de la réalité démographique de l'Afrique du Sud, sans parler du fait qu'il était aussi, en définitive et pour dire la vérité, moralement répugnant. Les hommes politiques sud-africains blancs et conservateurs n'ont jamais compris quel était le ressort essentiel du pouvoir politique, à savoir l'occupation physique. Le pouvoir politique découle de l'occupation physique : pas des droits historiques, des titres de propriété, des droits moraux — seulement de l’occupation.

Ceux qui occupent un territoire déterminent la nature de la société de la région en question. Deux exemples, que nous connaissons tous, illustrent bien ce point : Exemple n° 1 : l'Amérique du Nord. Sur ce continent, les Indiens d'Amérique (Amérindiens) ont vécu pendant des milliers d'années, créant une culture qui a dominé ce continent. La culture de l'Amérique du Nord reflétait le fait que les Amérindiens y vivaient et y constituaient la population majoritaire.

À partir de l'an 1500 de notre ère, cependant, ce continent se remplit d'immigrants blancs venant d'Europe. Ces immigrants blancs déplacèrent les Amérindiens en les dépossédant de l'Amérique du Nord. La culture amérindienne avait dominé pendant des milliers d'années, parce que les Amérindiens étaient la population majoritaire. La situation changea en l'espace d'une centaine d'années. Cette modification traduisait le fait que la majorité des habitants de l'Amérique du Nord étaient devenus désormais des Européens blancs. La civilisation amérindienne disparut parce que la population d'Amérique du Nord avait changé.

Cet effet — le déplacement de peuples et la disparition ultérieure de leur civilisation — a des incidences directes en termes raciaux. Il est en effet possible de retracer l'essor et le déclin de n'importe quelle civilisation, non par l'économie, l'a politique, la morale, etc., mais par la présence raciale concrète des peuples eux-mêmes. Si une société ayant produit une civilisation déterminée demeure intacte en tant qu'unité racialement homogène, alors cette civilisation reste active. Si, en revanche, cette société, dans n'importe quelle région donnée, modifie sa composition raciale — par une invasion, l'immigration ou une diminution de son nombre —, alors la civilisation que cette société a produite disparaîtra avec elle et sera remplacée par une nouvelle civilisation à l'image des nouveaux habitants de ce territoire. Exemple n° 2 : Israël. L'État d'Israël est aujourd'hui une réalité politique, non parce que la Bible dit qu'il appartenait aux Juifs, mais simplement parce que le mouvement sioniste a fait en sorte que les Juifs soient majoritaires sur ce territoire. Ce fut effectué grâce à une politique délibérée de colonisation et d'immigration, coordonnée sur plusieurs décennies.

C'est également la logique qui sous-tend les plans de l'actuel gouvernement israélien pour l'établissement de colonies juives en Cisjordanie : en occupant physiquement le territoire, ces colons espèrent modifier la composition de cette région jusqu'à ce qu'elle fasse de facto partie d'Israël. L'histoire nous enseigne qu'il y a deux principales raisons pour le changement de composition raciale de n'importe quelle société : soit l'occupation militaire, soit l'utilisation de main-d’œuvre d'étrangère. Les Indiens d'Amérique illustrent de manière typique le premier cas, tandis que l'Afrique du Sud illustre le second. Quand un changement se produit à la suite de l'emploi de main-d’œuvre étrangère, on observe le processus suivant : – La société dominante importe de la main-d’œuvre (en général racialement) étrangère pour accomplir les tâches subalternes. – Ces étrangers sur le plan racial s'implantent, s'installent et se multiplient en profitant des structures de la société (dans les sociétés blanches : leur science, leur système de santé, leur technologie, etc.). – Ils finissent par dominer cette société rien que par leur nombre. Il s'agit, pour exprimer les choses simplement, d'une réalité démographique : ceux qui occupent une terre déterminent la nature de cette société.

Et il en a été — et en est — ainsi en Afrique du Sud où les données démographiques révèlent précisément comment l'emploi de la main-d’œuvre étrangère par les Afrikaners les a dépossédés de leur patrie. Examinons les points suivants : en 1904, le premier recensement de population de l'ancien Transvaal indiquait qu'il y avait 297 277 Blancs et 937 127 non-Blancs dans cette région. Détail important, le recensement de 1904 nous apprend également que, sur ces non-Blancs, 135 042 n'étaient pas originaires du Transvaal mais se trouvaient dans le « Witwatersrand uniquement pour travailler dans les mines d'or et autres », et que seuls 77 % de tous les Noirs du Transvaal en 1904 y étaient nés en réalité (ibid.). Si l'on retranche de l'équation les travailleurs migrants en transit, cela signifie que 297 277 Blancs et 802 085 Noirs étaient nés au Transvaal.

D'après le recensement de 1960, la population du Transvaal s'élevait à 6 225 052 habitants, dont seulement 1 455 372 étaient blancs. Il convient de noter qu'il ne s'agissait là que des chiffres pour le Transvaal. Pour le pays dans son ensemble, les chiffres étaient encore plus effrayants : 4,5 millions de Blancs contre 30 à 35 millions de non-Blancs. Qu'est-ce qui a provoqué ce déséquilibre démographique pour qu'on passe de 802 000 Noirs dans la patrie des Boers en 1904 à 4 769 680 en 1960 — en seulement cinquante-six ans ?

Réponse : les Noirs se sont multipliés parce qu'ils ont été attirés au Transvaal par les offres de travail. Une fois établis sur place, ils ont utilisé les avantages de la société blanche (système de soins, technologie, etc.) pour accroître leur nombre de façon exponentielle. L'officialisation de l'apartheid par le Parti national après 1948 ne s'est pas préoccupée du véritable problème auquel a été confrontée à travers l'histoire toute minorité tentant de gouverner une majorité.

La contradiction intrinsèque qui consiste à laisser pénétrer sur un territoire des masses énormes d'étrangers raciaux tout en essayant d'empêcher la population majoritaire de dominer cette société n'a jamais été résolue. La vérité est qu'elle ne peut pas l'être. En Afrique du Sud, la quasi-totalité des foyers blancs avaient (et ont encore) un ou plusieurs domestiques noirs. Les fermiers afrikaners — qui connaissent un taux extrêmement élevé d'agressions et de meurtres — ont généralement des centaines d'ouvriers noirs qui travaillent sur leurs immenses domaines agricoles.

Dans les mines, poumon économique de la société, la grande majorité des ouvriers de base, dont le nombre s'élève à plusieurs centaines de milliers, sont des Noirs. Dans tout le pays, l'écrasante majorité des travailleurs, de ceux qui font presque tout, du travail en usine à la conduite de véhicules, de la construction de routes à la construction de maisons, des serveurs de restaurant aux vendeurs dans les magasins, sont noirs. Sur tout cet ensemble d'interdépendance, le régime d'apartheid a tenté de mettre en œuvre une ségrégation sociale et de toujours maintenir un gouvernement blanc : c'était un projet voué à l'échec dès le début.

L'apartheid reposait sur une idée fausse : l'idée que les non-Blancs pouvaient être utilisés comme main-d’œuvre pour conduire la société ; que les non-Blancs pouvaient physiquement constituer une majorité à l'intérieur de l'Afrique du Sud, mais qu'ils ne pouvaient déterminer la nature de la société sud-africaine. Tel était donc le mensonge de l'apartheid : qu'il était possible, grâce à une rigoureuse ségrégation, de faire en sorte que les Noirs ne puissent gouverner un pays dans lequel ils étaient majoritaires. L'histoire nous l'enseigne clairement : il n'y a jamais eu de société dans laquelle la majorité d'une population n'a pas déterminé la nature de cette société.

Les Sud-Africains blancs, il faut le dire, ont plus ou moins cru au mensonge. Ils étaient heureux d'avoir des domestiques noirs pour nettoyer leurs maisons, repasser leur linge, faire les lits mêmes dans lesquels ils dormaient et ils croyaient volontiers que la présence de cette masse de main-d’œuvre noire établie à l'intérieur de leur territoire n'aurait jamais la moindre conséquence sur la structure du pouvoir politique de leur pays.

De fait, on a dit que le Sud-Africain blanc typique était « quelqu'un qui préférerait être assassiné dans son lit plutôt que de le faire ». Amusant ? Pour être franc, pas vraiment. Examinez ces quelques exemples authentiques : Sous l'apartheid, les Noirs ne pouvaient pas utiliser les toilettes publiques pour Blancs, mais ils nettoyaient ces mêmes toilettes chaque jour. On ne peut que s'étonner de la naïveté d'une telle formule. Sous l'apartheid, les Noirs pouvaient travailler dans les cuisines des restaurants, préparer la nourriture, la mettre sur les plats et l'apporter jusqu'aux tables des clients blancs, mais ils ne pouvaient pas manger cette nourriture à la même table du même restaurant.

Quelle est donc cette hypocrisie ? Il est certain que, si l'on avait été logique, on aurait totalement interdit aux Noirs de travailler dans les restaurants. Mais non, l'apartheid n'est jamais allé aussi loin ; il reposait sur le principe que c'étaient les Noirs qui effectuaient le travail. Des observateurs cyniques ont évoqué le syndrome de la tondeuse à gazon chez les Blancs d'Afrique du Sud.

Ceux-ci considéraient les ouvriers noirs comme des espèces de tondeuses à gazon. Une tondeuse à gazon reste tranquillement dans la remise ou le garage jusqu'à ce que l'on en ait besoin, puis elle tond le gazon, puis on la range dans la remise où elle reste tranquille, sans provoquer le moindre problème, jusqu'à ce que l'on en ait besoin la fois suivante.

D’une certaine manière, les Sud-Africains croyaient que les ouvriers noirs étaient comme une tondeuse à gazon : vous pouviez les avoir autour de vous, et quand vous n’aviez plus besoin d’eux, vous les cachiez dans leur petite remise où ils se tenaient bien gentiment et tranquillement — jusqu’à ce que vous en ayez à nouveau besoin. Bien entendu, la réalité est radicalement différente. Une autre part importante du mensonge de l’apartheid résidait dans l’idée que les forces militaires pouvaient maintenir le système intact.

Cela est démenti une fois encore par la réalité démographique : la population blanche sud-africaine à son apogée comptait environ cinq millions de personnes, tandis que la population noire à ce moment-là était d’environ trente millions d’individus. Sur ces cinq millions de Blancs, moins de huit cent mille étaient en âge de servir dans l’armée, et tous ne pouvaient pas être appelés à n’importe quel moment. L’État ne pouvait pas compter sur plus de quelques centaines de milliers d’hommes s’il voulait contrôler une population noire de millions d’individus.

Au vu de cette réalité démographique, on peut constater que l'apartheid ne pouvait être maintenu par des moyens militaires. Et pourtant le mensonge a perduré, et de jeunes Sud-Africains blancs ont été enrôlés dans l'armée et la police afin de combattre et mourir pour un système qui était voué à l'échec dès le tout premier commencement. ...

Kemp Arthur - Le mensonge de l'apartheid

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