mercredi 5 novembre 2014

Tradition : La légénde des 7 dormants d’Ephèse



Les Sept Dormants d’Ephèse de la tradition chrétienne ou les Ahl al-Kahf (ou Ashâb al-Kahf ; signifiant les "Gens de la caverne") de l’islam sont les protagonistes d’une même histoire - à quelques détails près - évoquant le périple de jeunes hommes contraints de se réfugier dans une caverne afin de fuir des persécutions religieuses et qui, après avoir sombré dans un profond sommeil, ne se réveillèrent que plusieurs centaines d’années après. Ils sont considérés comme des saints dans les deux religions et ont fait l’objet de cultes variés.


La multiplication des sanctuaires leur étant dédiés en Orient et en Occident, des premiers siècles de l’ère chrétienne au XVIIIe siècle, souligne l’importance d’une tradition quelque peu oubliée en Occident mais qui est néanmoins demeurée très présente dans la conscience religieuse de nombreux pays musulmans jusqu’à nos jours. En outre, la "redécouverte" de certains lieux de culte tels que la chapelle des Sept-Saints située dans les Côtes d’Armor a fourni le prétexte à l’organisation de nouvelles rencontres islamo-chrétiennes autour d’éléments communs à ces deux religions.


Les "Sept Dormants d’Ephèse" selon la tradition chrétienne

Les premières traces de l’histoire des Sept Dormants ont été retrouvées dans des manuscrits syriaques anciens datant du Ve et VIe siècles, ainsi que dans un récit de l’homme d’Etat et historien byzantin du Xe siècle Syméon Métaphraste. En Occident, les éléments majeurs de cette histoire figurent dans les écrits de Grégoire de Tours (VIe siècle), Paul Diacre, moine bénédictin d’origine lombarde du VIIIe siècle, ainsi que dans la célèbre Légende dorée de Jacques de Voragine relatant le martyr de nombreux saints et saintes chrétiens à l’époque romaine.

L’histoire se déroule à l’époque des persécutions contre les chrétiens lancées par l’empereur romain Dèce, au milieu du IIIe siècle. Refusant d’abjurer leur foi, sept jeunes hommes chrétiens ayant de hautes charges dans l’empire cèdent l’ensemble de leurs biens aux pauvres et partent se réfugier dans une grotte située sur le mont Célion. Ils tombent alors dans un profond sommeil durant lequel les soldats de l’empereur découvrent leur lieu de refuge et décident de les y emmurer vivants.

Peu après, un chrétien vint graver à l’extérieur l’histoire et le nom des sept martyrs. Ils ne se réveillent que plusieurs centaines d’années plus tard , durant le règne de Théodose Ier (379-395) , lorsque le propriétaire des terres descelle l’entrée de la grotte dans le but de la transformer en abri pour le bétail et y découvre les sept dormants. Ces derniers ont conservé l’éclat de leur jeunesse et imaginent n’avoir dormi qu’une nuit. L’un deux retourne à Ephèse pour y chercher de la nourriture et découvre avec stupeur la présence d’églises resplendissantes, ainsi que les visages étonnés des commerçants lorsqu’il leur présente ses pièces de monnaie à l’effigie de Dèce. Alerté par la nouvelle, l’évêque accompagné de l’empereur et de l’impératrice se rendent à la caverne pour constater le miracle.

Après avoir raconté leur histoire à l’évêque, ils se rendorment aussitôt au sein de la caverne où ils sont inhumés. Selon d’autres versions, ils parcoururent ensuite de nombreuses contrées pour répandre le miracle de la résurrection de la chair - qui était nié par certains hérétiques de l’époque -, avant de revenir à la grotte et de se replonger dans un sommeil éternel. Une église fut par la suite édifiée au dessus de la caverne, et leur culte se répandit dans l’ensemble du Moyen Orient durant les siècles suivants. Ahl al-Kahf, miniature turque du XVIe siècle

Les Sept Dormants ont été présentés par la tradition chrétienne comme les "Sept Saints dormants Maximien, Malchus, Marcien, Denis, Jean, Sérapion et Constantin" et parfois comme des frères issus d’une noble famille. Ils furent l’objet de dévotions diverses à partir du VIe siècle. Le recours à la protection des Sept Dormants était également une pratique courante au Moyen Age en Europe, et fut reprise par le protestantisme des origines. Elle attira aussi l’attention de certains grands auteurs romantiques, et est notamment évoquée dans un poème de Goethe.

Enfin, les Sept Dormants ont figuré sur différents calendriers dont celui des Grecs, des Latins, des Russes ou encore des Abyssins. Ils étaient auparavant commémorés le 27 juillet dans l’Eglise latine, et sont désormais célébrés, selon le calendrier byzantin, le 4 août (jour supposé de leur emmurement) et le 22 octobre (jour de leur réveil).

Dans leur refus inconditionnel d’abjurer leur foi, les Sept Dormants figurent aux côtés des nombreux martyrs chrétiens des premiers siècles ayant défendu leur foi au prix de leur vie. Cependant, le fait qu’ils furent également les témoins de leur propre "résurrection" a contribué à conférer une portée extraordinaire à leur histoire. Ils figurent ainsi au plus haut rang des témoins de l’amour éternel divin, pour s’être abandonnés à Dieu et avoir été l’objet de sa miséricorde.





Les "Gens de la Caverne" dans l’islam

Il existe un récit similaire dans la sourate XVIII du Coran intitulée Al-Kahf (La Caverne), qui évoque l’histoire des "Gens de la Caverne" également surnommés les "Gens de la Tablette" (Ashâb al-Raqîm). Cette sourate aurait été révélée au Prophète Mohammad à la suite du défi lancé par les Juifs de Médine de leur raconter cette histoire qui n’était, selon les sources historiques, pas connue par les Arabes de l’époque.

Après avoir entendu la sourate, les Juifs confirmèrent que l’histoire correspondait avec celle qui leur avait été rapportée.

Les éléments majeurs de l’histoire telle qu’elle figure dans le Coran correspondent avec la version qui fut diffusée dans le monde chrétien. Cependant, un verset évoque que le nombre des dormants est connu seulement de Dieu et de "quelques personnes". Le nombre de sept n’est donc ici pas évoqué ni confirmé. En outre, il est plusieurs fois fait mention d’un chien ayant accompagné les sept jeunes gens. Ce dernier, qui fut par la suite baptisé "Qitmir" par la tradition, est considéré comme l’un des quatre animaux à avoir eu une place au paradis. Enfin, le Coran évoque avec précision que les jeunes gens seraient restés endormis près de 309 ans lunaires correspondant à 300 années solaires. La sourate suggère également le caractère extraordinaire et la dimension profondément spirituelle et métaphysique du "signe" (ayat) que constitue leur expérience.

En islam, les "Gens de la Caverne" incarnent les croyants opprimés par une force politique les empêchant de vivre librement leur foi, décidant alors de s’exiler volontairement et de s’en remettre à Dieu. Leur loyauté inébranlable aurait incité le Créateur à les sauver, soulignant la nécessité de se confier à Dieu même dans les cas les plus désespérés. Au-delà de leur religion "extérieure", les jeunes gens évoqués dans la sourate incarnent ici l’archétype du croyant parfait, ayant une confiance absolue en Dieu en toutes circonstances.

Dans la mystique musulmane, l’histoire des "Gens de la Caverne" revêt une portée symbolique particulièrement riche : ils représentent ainsi l’éternelle jeunesse de l’amour divin, ainsi que la fidélité de l’amant envers l’Aimé au-delà de toute temporalité.

La caverne évoque également le motif de l’exil, et la nécessité de quitter le monde terrestre afin de "mourir à soi-même" pour accomplir ensuite une renaissance spirituelle. Elle symbolise aussi l’amour et la miséricorde éternels, gardant vivante toute personne se réfugiant en eux.

Enfin, le sommeil, qui implique l’"endormissement" des cinq sens extérieurs noyant traditionnellement la conscience dans le flot des préoccupations du monde matériel, est l’état par excellence permettant aux "sens intérieurs" et spirituels de chaque être de se réveiller et de manifester à la conscience profonde de l’homme certaines vérités spirituelles qu’il ne saurait percevoir à l’état éveillé. Les Sept Dormants d’Ephèse, icône russe du XVe siècle

Le signification de certains éléments n’en demeure pas moins obscure, notamment le sens de l’expression "Gens de la Tablette" (Ahl al-Raqîm) désignant les dormants, l’importance accordée à leur chien, ou encore la raison du mystère entourant leur nombre seul connu de Dieu et de quelques élus - qui, dans la tradition mystique, seraient de hauts théosophes et mystiques ayant su dépasser l’aspect extérieur (zâhir) de la religion pour accéder à son sens vrai et profond (bâtin). Les grands commentateurs du Coran tels que Tabarî, Ibn Kathîr ou encore Fakr al-Dîn Râzî se sont penchés sur la question, sans réussir pour autant à fournir de réponse définitive et étayée.

Au confluent de deux traditions L’histoire des Sept Dormants a souvent été associée à la découverte d’anciennes catacombes chrétiennes qui sont momentanément devenues des lieux de pèlerinage. Cependant, ce qui semble avoir été leur lieu de refuge réel ainsi que l’église que l’on y avait édifiée furent découverts à la fin des années 1920 sur le mont Pion, près du site d’Ephèse et de la ville de Selçuk. Les travaux d’excavation permirent également la découverte de plusieurs centaines d’anciennes tombes datant des Ve et VIe siècles, sur lesquelles figuraient de nombreuses inscriptions et prières dédiées au Sept Dormants où il apparaît que durant des siècles, de nombreux croyants ont souhaité être enterrés à leurs côtés afin d’être près d’eux lors de la Résurrection des morts.

La grotte des sept dormants d'Ephèse aujourd'hui en Turquie.


http://www.teheran.ir/spip.php?article17

7 commentaires:

eveil femto a dit…

D'ailleurs dans cette sourate j'ai remarquer que le chiffre 2 revient fréquemment dans toute les histoires

Déïyes a dit…

"La belle au bois dormant et les sept nains" nouveau conte alchimique.
Voilà une belle histoire qui en dit long à ceux qui savent ... Merci de ce rappel !

Utopia a dit…

Un petit tuyau pour ceux qui ne savent pas stp?

tono tony a dit…

Une histoire que mon père me racontait souvent étant môme...

Ce récit comporte des leçons de morale, des signes et des arguments qui indiquent l'éminence de la toute-puissance de Dieu à celui prend le temps de méditer...

Les compagnons de la caverne n'étaient pas chrétiens au sens propre mais soumis à Dieu l'Unique et ils furent pourchassés de part leur croyance qui était contraire à l'idolaterie des statues imposé par le roi de l'époque , donc ce n'étaient pas pour des raisons politiques mais bien pour des raisons religieuses qu'ils décidèrent de se réfuguer dans cette caverne.

Après je trouve que cet article ne met pas en valeur le principe du monotheisme pur mais au contraire normalise le culte des saints ; construction d'église ou de tombeaux à la gloire des compagnons de la caverne , terrible erreur car c'est de l'association (shirk) le plus grave péché en Islam que de demander le secours ou faire des invocations à une tierce personne en dehors de Dieu...

Ceci est valable autant pour les chrétiens que pour les musulmans qui font cette terrible erreur...et c'est vraiment n'avoir rien compris à l'histoire de ces gens de la caverne qui portaient un culte exclusif à Dieu l'Unique , gloire à Lui qui a la perfection absolue exempte de tout défaut, et qui indiquent aussi Sa sagesse pour tout ce qui concerne Ses créatures.

Déïyes a dit…

Un tuyau pour Utopia : symbolique des contes alchimiques. (Je ne cite pas les travaux de qui, sinon je vais être mi au banc.)
Il y a aussi le mythe de la caverne (Platon), même si ce mythe correspond à une époque où les lois de l'univers (de Dieu) ne s'appliquent pas en copié collé à notre époque.
Quant à Tono tony, il dit des vérités intéressantes. Dieu "'l'Unique", certes !
Dans les trois grandes religions il y a du vrai; le drame de notre époque c'est de ne plus savoir en discerner le relief .
En ce qui concerne le sommeil des "dormants", je rajouterai à mon commentaire la notion de différenciation du temps entre le monde "d'en haut" et le monde "d'en bas"qui est évoqué par une sourate (Je ne me rappelle plus laquelle mais où (excusez l'approximation ) Dieu dit en s'adressant à un homme : " Mille ans sont à mes yeux comme un jour à tes yeux". Bref, les secondes ne s'écoulent pas à la même vitesse pour nous que pour Dieu. La durée d'un rêve en est une excellente illustration. (En quelques secondes de sommeil paradoxal, nous construisons un long scénario !). On sait aussi que les phases de sommeil nous permettent de bâtir notre futur. Si on respecte la Loi divine ( la vraie !!!) nous avons alors un sommeil réparateur (je fais ici un très grand raccourci). Bref, l'acte de dormir et la symbolique du sommeil ne sont pas anodins.
Beaucoup de symbolique, donc, dans ce texte que seuls sont qui ont la clef peuvent "dé crypter" (sortir de la crypte, ressusciter etc...).
Autre symbolique de la grotte : se réfugier dans le ventre de la terre(mère), retrouver son âme d'enfant sans laquelle on ne peut entrer dans le royaume. La preuve, il nous est bien dit que "Dieu" le père les sauva ! Normal que les deux religions parlent alors de cette même histoire.

tono tony a dit…

@ Déïyes,

Toi aussi tu dis des vérités...1 an dans le Royaume de Dieu équivant à 1000 ans terrestres...et les Anges ainsi que l'Esprit mettent un jour pour monter chez Dieu soit l'équivalent de 50 000 ans terrestres....sachant que ces êtres de Lumière voyagent à 300 000 km/secondes...(vitesse de la lumière)...SubhanAllah !

En effet nous sommes prisonniers ici bas de deux crétaures titanesques que sont l'espace et le temps...

Pour preuve tu prends l'exemple du sommeil et à ce sujet Allah Seigneur des Mondes nous enseigne que le sommeil équivaut à la petite mort...comme tu dis toute notion de temps est écarté dans les rêves ainsi que la notion d'espace...

C'est juste un avant gout de ce que peux être l'éternité et le jour de la résurrection les hommes auront l'impression d'avoir passé 1 jour sur terre quand bien même ils auraient vécu 100 ans...

Gloire à Dieu Tout Puissant et Très Miséricordieux.

Zaki Kojak a dit…

 Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

D'après Abou Said Al Khoudri (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et son salut soient sur lui) a dit: « Celui qui lit la sourate Al Kahf le jour du vendredi, il est éclairé par une lumière entre les deux vendredis ».
(Rapporté par Al Bayhaqi et authentifié par Cheikh Albani dans Sahih Al Jami n°6470)

Par conséquent, on peut lire la sourate Al-Kahf pendant la nuit ou le jour de Jumu`ah(vendredi jour de prière ). La nuit de Jumu`ah commence à partir du coucher du soleil le jeudi, et le jour de Jumu`ah finit au coucher du soleil. Par conséquent le moment pour lire cette Sourate s'étend du coucher du soleil le jeudi au coucher du soleil le vendredi.

Enregistrer un commentaire

Commentaires fermés

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.