samedi 10 janvier 2015

La grâce inconditionnelle selon Ananda Moyi







"je suis la mendiante des mendiantes, toujours à mendier votre envie, vos colères, vos jalousies, votre orgueil, votre égoïsme, pour que vous les déposiez enfin aux pieds des dieux de vos temples !"
Nirmalâ Sundari Devî (1896 -1982) alias Mâ Ananda Moyî

 
Sri Ma Anandamoyi déconcerte. La simplicité est déconcertante. Pour elle, il n'y a qu'UN... "un Jeu" où TOUT a sa place et sa nécessité. Sans doute est-ce la source de certains de ses rires inextinguibles ? Mais comme elle n'est pas à part du Jeu, pas spectatrice, qu'elle est le Jeu lui-même, son rire est aussi NOTRE rire, sa liberté notre liberté ; son nom ANANDAMOYI ("Toute joie") est aussi notre nom. Je traduis ANANDA par "joie" plutôt que "félicité" ou "béatitude" pour ne pas s'en tenir à la seule connotation "spirituelle". "Joy" pour nos anciens poètes était Joyau aux infinies facettes.

Cette Joie, cette puissance pure, irrésistible (comme un fou rire) a entraîné des foules, nous entraîne aujourd'hui. Ma Anandamoyi, comme feuille au vent, ou comme vent lui-même, a erré sur la Terre-Mère des Indes. ... "Monde laissé là, J'erre de jungle en jungle"... improvisa-t-elle un jour en chantant. Toute sa vie, ainsi improvisée...

"Cette petite fille" (souvent elle se présentait ainsi) est née il y a un siècle dans un village de l'actuel Bengla Desh. Son père avait quitté le foyer, vagabondé, chanteur et renonçant et il était revenu... Elle est née - née sans pleurer, sans crier avait remarqué sa mère. C'était juste avant que le soleil se lève, le 1er mai 1896. "Pourquoi crier ? Je regardais le manguier derrière les barreaux de la fenêtre !" a-t-elle observé un jour. Sa mère lui donna le nom de NIRMALA ("immaculée"...).

La portée de ce nom se révéla vite ! Mariée très jeune, son époux ne fut pas long à comprendre. Il n'eut pour elle que révérence, et protégea "immaculée" qui, traversée de soubresauts surnaturels, s'étirait dans le secret... s'étirait dans notre monde...

Peu à peu,

tant et tant ont été bouleversés !

Cela peut se compter en multitude,

cela se compte surtout un à un, une à une.

Il faut tendre très fort l'oreille pour entendre ce qu'un ancien médecin français dira d'"elle" dans sa barbe. Il l'a rencontrée il y a quarante ans et "n'en est pas revenu"... (Depuis, il n'a plus quitté l'Inde). Le nom que Ma lui a donné, Vijayananda, il le traduit à sa façon pince-sans-rire par "l'heureux gagnant".

De cette rencontre, il écrit avec retenue :

"C'était elle qui posait les questions claires, précises, allant droit au coeur des choses, soulevant exactement les points qui me touchaient. Mais ces mots n'étaient qu'un jeu de surface. Durant ces vingt minutes, elle m'avait infusé quelque chose qui était destiné à durer longtemps... qui dure toujours !"



Il a fallu qu'une photo déborde d'un de mes livres pour qu'une amie clown (de métier) s'exclame : "C'est elle !" et me confie l'Instant qui avait fait basculer sa vie. A la toute fin d'un voyage en Inde, touriste bardée d'appareils photos, elle "mitraillait" une fête - Durga Puja - On lui dit que la fameuse Ma Anandamoyi était présente à cette fête. L'amie n'avait jamais entendu parler d'Elle, mais trouvait à son goût de saisir le pittoresque de la situation :

Une foule en marée qui venait s'incliner devant une femme. Elle-même, emportée par la marée, se trouvait maintenant bien proche de cette fameuse femme-en-blanc. UN regard, UN instant se posa sur l'amie.

L'amie est tombée à genoux, tête contre terre, sans pouvoir se relever. Il a fallu que l'on vienne "l'enlever" pour l'installer dans un endroit moins mouvementé.

De retour en France

... "Six mois durant, m'a-t-elle dit, je ne savais plus où je mettais les pieds..." De cet instant elle n'avait jamais parlé, depuis quinze ans !

Le trésor est insituable (non, il n'est pas "en Inde") de cette rencontre, qu'elle se soit faite en quelques dizaines d'années ou en quelques dizièmes de seconde.

Un des familiers de Ma Anandamoyi, assez conscient ce jour-là qu'il allait dire une bêtise, ne put s'empêcher de demander : "Mère, vous avez certainement un peu plus d'affection pour celles et ceux qui sont toujours près de vous et prennent un si grand soin de votre vie..."

La réponse fut simple : "Non".

Car, cela se comprend un jour, Ma Anandamoyi est liée à tout, à tous, INCONDITIONNELLEMENT. (Ce n'est pas une façon de dire... quelques-uns des propos rassemblés dans ce recueil tentent de nous le faire réaliser sur bien des modes.)

"Ce qu'une dévotion soutenue permet d'atteindre, une grande Ame peut le donner d'un seul regard, du plus léger attouchement. La grâce de Dieu se donne sans rien attendre !"

Ma Anandamoyi "s'est éteinte" après la tombée du jour, le 27 août 1982. Je crois qu'on pourrait dire tout aussi bien qu'elle "a irradié !".

Une disciple autrichienne, pianiste renommée qui devint Atmananda quand elle se "fixa" auprès de Ma Anandamoyi (nous lui devons la fidèle relation, presque jour par jour, trente années durant, de propos et d'événements dont elle était témoin) fit cette remarque : "Les derniers temps, vous savez, quand je m'asseyais devant sa chambre, je constatais et ressentais que plus son corps s'affaiblissait, plus sa présence devenait forte. De plus en plus forte !"
Ma Anandamayi avec son mari Bholanath qui réalise un geste religieux 


Jean-Claude Marol en préface de "La Vie en Jeu"

5 commentaires:

geocedille a dit…

La quenelle est donc un geste religieux? Naaaaan!

Annick Chiroux a dit…

Merci de ce bol de pureté, de fraîcheur, d'amour de MA !!!

Cela nous fait du bien, respirons à fond, oublions un peu toutes ces tueries et manipulations qui nous font baisser notre énergie divine...

Apjal Coba a dit…

L’Être suprême est Joie incarnée, et c’est pourquoi toutes les créatures aspirent à la joie. Cherchez toujours à vivre dans la joie, à exprimer la joie dans vos pensées et dans vos actes ; sentez Sa présence joyeuse dans tout ce que vous voyez ou entendez ; cela vous apportera un réel bonheur. La tristesse est fatale à l’homme ; bannissez-la de vos pensées. Prenez courage et dites-vous toujours : « Nous sommes les enfants de la joie ; pourquoi nous affligerions-nous ? » Lorsque le fils d’une famille riche est réduit à la misère, il est assez modeste pour ne pas faire étalage de ses besoins, mais il se console en pensant à sa grandeur passée. Vous êtes tous des enfants du Père tout-puissant. N’oubliez pas cet héritage béni, qui est encore intact, et n’allez pas vivre comme des miséreux ! Redressez-vous, et travaillez ! Chez les peuples d’Europe, il y a des gens qui débordent de joie ; ils sont désireux de faire du bien au monde et ils disposent de tous les plaisirs et de toutes les richesses de la vie. Chassez de votre esprit la crainte, le découragement, l’anxiété. La source de toute grande puissance est là où se trouve force, énergie, bonne humeur. Apprenez à voir la main bienfaisante de Dieu dans tous les efforts que font les hommes pour le bien du monde, et en vous écartant du monde grossier de karma, en vous aprochant du monde raffiné de la Vérité divine, vous trouverez vite la Source du suprême Bonheur.

© « Aux sources de la Joie » (Extrait) un livre de Mâ Ananda Moyî paru aux Editions Albin Michel, collection Spiritualités vivantes

Anakine steph a dit…

Just merci Ror pour ce post.
Je ne connaissais pas cette femme et je vais m'y intéressé.

Rorschach a dit…

@ Anakine steph

Rien de tel pour se dépolluer des mauvaises influences de ces derniers jours.

@ geocedille

C'est une quenelle transcendantale qui a traversé les époques en spéciale dédicace aux lecteurs du blog ;)

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