mardi 24 février 2015

10 raisons pour lesquelles "American Sniper" fait l'éloge d'un criminel de guerre psychopathe


1) Non seulement American Sniper ne remet pas en cause la légitimité de la guerre en Irak, mais en plus il tend à la présenter comme nécessaire et juste. Quelques personnages secondaires expriment des doutes mais ces moments sont tellement anecdotiques et isolés qu'il n'est pas exagéré de dire que le film ne propose aucun regard critique sur cette intervention militaire qui a fait plusieurs centaines de milliers de morts et dont les conséquences vont encore faire d'innombrables victimes.


2) American Sniper est un hommage à Chris Kyle, le « sniper le plus redoutable de l'histoire militaire des États-Unis » (160 tirs létaux confirmés mais le nombre de ses victimes est probablement plus proche de 250). Ce « héros national » est en fait un tueur sociopathe qui, contrairement à son alter ego cinématographique, n'a jamais manifesté le moindre problème de conscience pour ce qu'il a fait en Irak. 

Pis, Chris Kyle a dit dans son autobiographie et dans des interventions publiques qu'il a pris beaucoup de plaisir à participer à cette guerre - « c'était amusant » - , regrettant même de ne pas avoir tué plus de « sauvages » (il considérait les « insurgés » comme des individus « méprisables » incarnant « le mal »). Dans cette vidéo, on voit Chris Kyle plaisanter sur les personnes qu'il a tuées avec le présentateur Conan O'Brien (qu'on a connu plus drôle). 

Et dans l'interview qu'il a accordée à Bill O'Reilly, il dit à propos des ennemis de l'armée américaine en Irak : « il est nécessaire de ne pas les considérer comme des êtres humains ». Autre parole mémorable : « Je ne tire pas sur les personnes qui portent un Coran. J'aimerais le faire, mais je ne le fais pas ». Ainsi, Clint Eastwood s'efforce de rendre humble et admirable ce fanatique dénué d'empathie qui devrait être considéré comme un criminel de guerre.

3) Reprenant l'argument utilisé un temps par l'administration Bush, le film suggère fortement qu'il y a un lien entre les attentats du 11 septembre et la guerre en Irak, comme si le premier événement justifiait le second. Aucune mention par contre de l'immonde mensonge sur les imaginaires armes de destruction massive détenues par le régime de Saddam Hussein. Il faut dire que Clint Eastwood a appelé à voter pour George W. Bush en 2004...

4) American Sniper est un film nationaliste et rétrograde qui célèbre : les États-Unis, son armée, son drapeau, la famille, la religion (chrétienne), les armes à feu, la chasse, les cow-boys, le rodéo, le football américain... On regrette l'absence du barbecue dans cette entreprise de séduction de l'Amérique chauvine et ultra-conservatrice. Le film a manifestement pour but de regonfler le moral des Américains, de les convaincre notamment que la guerre en Irak avait du sens et que les soldats US ne sont pas morts pour rien. Les victimes irakiennes ne comptent pas, la négation de la réalité et de la morale élémentaire étant poussée à l'extrême.

5) Le film de Clint Eastwood s'inscrit tout à fait dans les représentations et l'idéologie propres à la dangereuse théorie du « choc des civilisations ». Les Irakiens sont montrés dans le film selon deux grands archétypes manichéens et dégradants : 1. les méchants (nombreux) sont cruels et barbares, voire fourbes ; 2. les autres sont des figurants passifs plus ou moins lâches. Eastwood ne s'intéresse pas du tout aux Irakiens, ils servent seulement d'adversité ou de décor au héros et à ses camarades. À aucun moment le film n'aborde des questions qui devraient pourtant être centrales : les « insurgés » n'ont-ils pas de bonnes raisons de s'opposer à l'agression et à l'invasion de leur pays ? Qu'est-ce qui justifie la présence de soldats américains sur le sol irakien ?

6) Fidèle au rapport très souple que les néoconservateurs entretiennent avec les faits et la vérité, Clint Eastwood manipule et transforme la réalité historique. Outre la profonde modification de la personnalité de Chris Kyle, il crée (avec le scénariste Jason Hall) pratiquement de toutes pièces un grand méchant : le sniper syrien Mustafa, un champion olympique de tir qui est au service de factions armées rivales - l'une sunnite, l'autre chiite - , ce qui est absurde. Ledit Mustafa est mentionné dans un seul paragraphe du livre de Kyle, qui dit ne l'avoir jamais rencontré ; dans le film, c'est un ennemi juré qu'il poursuit inlassablement pour venger ses camarades tués. Le bricolage est similaire avec l'autre grand méchant, le « Boucher de Falloujah ». Il n'y a bien sûr aucun avertissement dans le film quant à l'ampleur de ces libertés prises avec la réalité.

7) American Sniper n'exploite pas un élément pourtant intéressant de l'histoire de Chris Kyle, à savoir les circonstances de sa mort. Celui-ci a été tué en février 2013 avec son ami Chad Littlefield dans un stand de tir aux États-Unis par Eddie Ray Routh, un ancien Marine de 25 ans ayant servi en Irak et à Haïti qui souffre d'un syndrome de stress post-traumatique et de schizophrénie. D'autres cinéastes auraient rendu compte de cet épisode au potentiel dramaturgique et cinématographique certain, ils se seraient peut-être intéressés aux parcours réciproques de Kyle et Routh en s'efforçant de comprendre ce qui a pu arriver au second. (Il faut voir le remarquable documentaire Of Men and War de Laurent Bécue-Renard qui porte sur des soldats américains atteints de stress post-traumatique.) 

Eastwood, lui, ne veut pas montrer de soldats brisés par leur expérience de la guerre, il choisit donc d'occulter ce qui a causé la mort de Chris Kyle - qui, de bourreau, s'est retrouvé victime collatérale de la politique étrangère des États-Unis - et de passer directement à des images d'archives montrant les funérailles du « héros national » et les nombreux rassemblements en son honneur.

8) Le film « oublie » de montrer que Chris Kyle était un mythomane. Celui-ci, se présentant comme un « croisé de Dieu », a pourtant prétendu avoir tué une trentaine de pilleurs à la Nouvelle-Orléans en 2005 après l'ouragan Katrina. Non seulement Kyle pensait mériter de l'admiration pour avoir commis de tels actes, ce qui est déjà une preuve de sa personnalité sociopathe, mais en plus il se trouve qu'il s'agissait (heureusement) d'une pure invention. 

De même, aucune trace des deux hommes que Chris Kyle a prétendu avoir tués pour les empêcher de voler son pick-up dans une station-service du Texas, en 2010. Chris Kyle a également inventé de toutes pièces une bagarre censée avoir eu lieu dans un bar en 2006 avec l'ancien gouverneur du Minnesota et lui-même ex-Navy Seals Jesse Ventura. Kyle a affirmé avoir frappé Ventura parce que celui-ci faisait des commentaires critiques sur la guerre, Bush et les Navy Seals à l'extérieur d'un bar que fréquentaient certains membres de ces forces spéciales. Jesse Ventura a gagné un procès en diffamation contre Chris Kyle et le tribunal a fixé le montant des dommages et intérêts à 1,8 millions de dollars.


9) American Sniper montre l'ampleur et l'efficacité du soft power américain. Comme le prouve de façon très argumentée l'excellent livre de Matthew Alford, Reel Power : Hollywood Cinema and American Supremacy, la distance idéologique entre Washington et Hollywood est beaucoup plus petite que la distance géographique. 

Si l'offensive audiovisuelle contre le monde arabo-musulman est déjà ancienne, il y a depuis quelque temps un retour en force de la propagande anti-russe. 

En moins d'un mois (du 1er au 29 octobre 2014), trois films américains avec des méchants (très méchants) russes sont sortis en France : Equalizer d'Antoine Fuqua, John Wick de David Leitch et Chad Stahelski et The November Man de Roger Donaldson. Equalizer est à la fois celui qui a eu le plus de succès et le plus abject du point de vue de la propagande. Les méchants y sont des mafieux russes froids et impitoyables. Et comment s'appelle leur chef sanguinaire ?... Vladimir Pushkin. Eh oui, il fallait oser. Au passage, Denzel Washington (qui joue un ancien agent de la CIA) n'a jamais aussi bien porté son nom.


10) Au lieu de faire l'éloge d'un tueur sociopathe qui s'est illustré dans une guerre illégale et immorale, au lien de s'efforcer de redorer le blason des États-Unis et de sa politique étrangère criminelle, Clint Eastwood et plus globalement Hollywood devraient faire des films sur de vrais héros américains : Chelsea Manning, John Kiriakou ou Edward Snowden.


http://www.legrandsoir.info/american-sniper-ou-l-eloge-d-un-criminel-de-guerre-sociopathe.html

http://fr.sott.net/article/24852-American-Sniper-ou-l-eloge-d-un-criminel-de-guerre-psychopathe

11 commentaires:

tono tony a dit…

Les circonstances de sa mort me font sourire...Gloire à Dieu il y'a des signes pour des gens qui raisonnent...et j'aimerai pas être à sa place à l'heure qu'il est...Concernant Hollywood et quand ont a visionné le documentaire " Hollywood et les arabes" comment peux t on continuer à aller au cinéma quand on est arabo-musulman? Moi je ne peux plus depuis des années...et c'est juste le peux de dignité qu'il me reste...jettez un oeil sur les déclarations de tom cruise,harisson ford ou encore keanu reeves...c'est juste vomitif...tour comme leur industrie de merde de décervelage planétaire aux mains des crypto-sionistes...et c'est bien au delà du patriotisme de beaufs américains...tout ceci explique parfaitement bien le plan dans la lettre à mazzini de pike le grand dégénéré...

Tony MontaNa a dit…

On touche à l'apogée de la robotisation..... de l'Homme.

tony piovosa a dit…

Aller a la chasse n'est pas rétrograde!

Armand Dupleissier a dit…

Il fallait bien que les Américains aient aussi leur Vassili Grigorievitch Zaïtsev, que le 7e Art se devait de célébré et de faire connaitre au monde comme tel. Surtout que ce film déboule dans le contexte actuel et très tendu entre les États-Unis et les Russie (...) Ce qui d'ailleurs ne doit pas être perçu comme toute chose comme le plus grand effet du hasard.

hujo a dit…

De " le bon la brute et le truant " a ca. Mais qu'est ce qui tes arrive Clint ?

bill boule a dit…

et ben moi je suis allé le voir ce petit film, vu que tout le monde en parlait depuis 2 mois, j’étais curieux de me faire une opinion.

la salle était pleine a craquer. le contexte actuel ? l'envie du moment serait de voir des femmes voilées se faire tirer dessus tout en mangeant du pop corn ?

bref j 'étais surtout curieux de savoir a quel point le film irait loin, mais rien ne pouvait me préparer a ca. a ce stade la c'est même plus de la propagande.

un bete de film d'action enfin plutot de massacre, totalement biaisé,lui même fondé sur une autobiographie bidonnée.

chaque scene est plus immonde que la precedente , mais pour faire court voila ce qui m'a le plus outré :


- alors que le réalisateur n’hésite pas a montrer en gros plan le meurtre d'un enfant puis de sa mére qui attaquaient un convoi US, un moment le sniper se retrouve face a chien
agressif qui pourrait reveler sa position alors qu'il se trouve sous le feu de l'ennemi mais il ne conçoit meme pas de tuer le chien.ce q'un soldat en vrai doit faire sans hésiter. vous comprenez le truc ?
on peut montrer des arabes se faire zigouiller pendant 2H00 mais un chien ? ca jamais de la vie !

-le " american sniper " affronte tout au long du film un méchant sniper syrien (tiens tiens...) s’appelant mustapha. il finira par lui régler son compte en bon americain qu'il
est. juste dommage qu'il ait pas pu régler le compte de "juba" sniper bien réel lui qui a estropié un paquet de soldats US pendant la guerre

-dans le film, le gars n'est pas vraiment un sniper il prend son M4 et en avant ! une vraie partie de call of duty ca en est hillarant . juste dommage pour les ricains qu'ils
n'avaient pas une dizaine de types comme lui ils auraient gagné la guerre en 2 semaines et auraient pu rentrer a temps pour le springbreak

-la fin ? alors que c'est le moment le plus important ! la triste ironie de l'histoire, lui qui a vecu par les armes et mort par les armes mais dans le film, c'est juste anecdotique.

-le générique de fin,que tout ces charlots regardaient bien religieusement: images de marines en tenue d'apparat drapeaux pliés en 8 alors que ces crétins ne se lèveraient meme pas pour la marseillaise.

c'est juste un film de propagande qui sort 10 ans trop tard.on pourrait croire que sa leur a servi de lecon mais ce film est la confirmation de l'immense gachis qu'a ete cette guerre, et ca meme pour les ricains il faut bien comprendre : toutes ces méres qui ont donné leur enfant pour a la place recevoir un drapeau plié en 8,
ou tout ces veterans estropiés defigurés il faut bien qu'il aient l'impression que tout ca ait servi a quelque chose . alors qu'en vrai toutes les peines qu'ils ont endurés
auront juste servi a infliger de la peine au irakiens.

après ils pourraient faire un 2 ou chris kyle irait flinguer les nègres pillards de la nouvelle Orléans pourquoi pas ? plus rien ne me surprendrait... blague a part, si vous voulez voir un film qui retranscrit bien l'intensité et la stupidité de toutes ces foutues guerres, regardez plutot full metal jacket , ou generation kill qui ont au moins le merite d'etre realistes

Zac Mermarian a dit…

Vous ne serez pas surpris d'apprendre que Clint Eastwood est membre du Bohemian Club...

tono tony a dit…

@ hujo, le film que tu cites est la quintessence du western spaghetti, un film germano-hispano-italien aux antipodes d'Hollywood...

Ariel a dit…

@tono tony Je te remercie pour le documentaire, je ne le connaissais pas.

tono tony a dit…

@ Ariel,salam, je t'en prie, un travail de scientifique rigoureux et irrèfutable, qui explique l'origine de la haine de l'arabo-musulman dans l'inconscient collectif...même procèdè avec les dèmons qu'ils font passer pour des aliens dans leurs films...Hollywood une arme de dècervelage planètaire...

Heralès Chynr a dit…

Je réagis très tardivement, je n'ai pas pu lire le blog pendant presque 3 semaines.
Je suis allé voir le film, pour me faire mon opinion. Et bah... grosse crise de fou rire, tellement c'est flagrant et ridicule.
Chris Kyle tue entre 160 et 250 personnes et on en fait un héro? Il dit explicitement : "Je ne regrette pas un seul coup de feu tiré, je regrette juste de n'en avoir tué plus. Je suis prêt à répondre de chaque balle devant Dieu" A ce propos, un amis m'a dit que Charles Manson (qu'on surnommait Charlie) a dit la même chose.
Ce qui me fait arriver à mon dernier point, en réaction au commentaire de Phil Burger sur l'article http://leschroniquesderorschach.blogspot.fr/2015/02/derision-la-ceremonie-des-cesar-est-un.html. J'ai regarder à nouveau la bande annonce ... et bordel, j'ai pris un screen tellement j'étais sur le cul. Je veux dire, ok c'est du code de l'alphabet international, mais je ne crois pas suffisamment au coïncidence pour ne pas voir un signe de manipulation. On a là l'incarnation de Charlie, après que des millions de personnes et plusieurs états se soient affirmés en tant que tel, et sa mission est de... tuer des arabes/musulmans.

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